La Congrégation
des Sœurs Missionnaires
de Notre-Dame d'Afrique

ENGAGEMENT DEFINITIF DE VERONIQUE HEGRON

13 septembre 2008

Homélie prononcée par Georges Jacques (Assistant Général M.Afr.)


Quand j'ai appris que j'étais invité à l'engagement définitif de Véronique dans l'église du Bignon, j'ai tout de suite voulu savoir où se trouvait Bignon. Internet répond à toutes vos questions. J'ai donc tapé " Bignon " et le site Wikepedia m'a éclairé. J'ai ainsi découvert qu'une des origines possibles du nom de Bignon serait, en langue gauloise, " Bunia " qui signifie " source ". Il semblerait qu'au Bignon on parle d'une fontaine aux fées à laquelle serait rattaché le souvenir d'un culte aux divinités des eaux jaillissantes. Nous sommes donc certainement à la bonne place pour comprendre l'évangile que nous venons d'entendre.

" Donne-moi à boire ! " Nous ne sommes pas à la fontaine aux fées, mais bien en Samarie, au bord d'un puits. Jésus est fatigué. Ses amis sont partis faire les courses au village d'à côté. Une femme arrive pour remplir sa jarre d'eau. Jésus lui demande tout simplement : " Donne-moi à boire ".

En demandant ce simple verre d'eau, Jésus se montre très libre face aux usages de son temps. Il enfreint doublement les règles. En effet, au grand dam des puritains, il parle à une femme inconnue de lui et de plus à une femme samaritaine. Jésus brise les barrières qui enferment les gens dans leurs principes et leurs peurs et les empêchent de se rencontrer, de s'apprécier, de s'aimer au travers même de leurs différences.

" Donne-moi à boire… " En demandant ce simple verre d'eau, Jésus invite à la rencontre. Pas à pas, avec la patience d'un grand pédagogue, Jésus ouvre le cœur et l'esprit de la Samaritaine. " Si tu savais qui te parle, c'est toi qui lui demanderais à boire… Et il te donnerait de l'eau vive qui deviendrait en toi source jaillissante… "

La femme se rassasie elle-même de l'eau vive que Jésus lui donne en abondance. Elle découvre successivement en Jésus un maître, un prophète, le Messie, l'envoyé de Dieu. Elle avait une mauvaise opinion d'elle-même. Jésus lui fait découvrir qu'elle est bien plus que ce que l'on peut dire d'elle. Au fond d'elle-même est une force à laquelle elle ne croyait pas. Elle devient missionnaire et part annoncer Jésus aux gens de son village. " Venez voir un homme qui sait tout de moi. ".

Cet Evangile raconte bien le cheminement de Véronique. Elle a eu le courage de s'asseoir au bord du puit avec Jésus et au contact régulier avec lui elle a découvert une richesse insoupçonnée cachée en elle. Elle a bu avec joie de cette eau vive que le Seigneur a fait jaillir en elle en abondance. En préparation à cette Eucharistie, Véronique m'écrivait " Ce que Jésus a fait avec moi me surprend et me révèle ce que je suis, ce qu'il m'offre, ce que je peux grâce à sa vie en moi qui ne demande qu'à jaillir… "

Cela a certes pris du temps. Véronique ne s'est pas lancée dans l'aventure sans une sérieuse réflexion. Elle a interrogé le Seigneur et s'est laissé interpellée par lui. Ils se sont mutuellement apprivoisés, comme dirait le renard au Petit Prince. Et un jour elle a laissé cette jarre dont elle n'avait plus besoin auprès du puits pour aller vers ses frères et sœurs du Ghana leur annoncer la nouvelle extraordinaire : " Jésus-Christ est source de vie ! Venez et voyez ! "
Le texte des Constitutions des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique lu en première lecture nous dit bien cet apprivoisement missionnaire : " Dans son amour, le Christ nous a choisies. Il nous invite à lui appartenir totalement. Il devient le tout de notre vie. Il nous entraîne sur son chemin. La joie d'appartenir au Christ transparaît dans notre vie et se communique, transformant le monde. "

Mais il est une autre phrase qui rejoint beaucoup Véronique dans cet évangile. Après avoir reçu l'annonce de la femme samaritaine et avoir rencontré personnellement Jésus, les gens du village disent à la femme : " Ce n'est plus à cause de tes dires que nous croyons. Nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est vraiment le sauveur du monde. " Voici ce que dit Véronique de ce passage: " C'est ce que je désire de tout cœur : que d'autres découvrent Jésus, lui fassent place dans leur vie et découvrent la Vie, qu'ils se sachent aimés sans mesure, tels qu'ils sont, qu'ils désirent vivre de cet amour et le partagent. Si je peux être instrument de cette découverte par le témoignage de ma vie, alors c'est une grande joie. Que le Seigneur m'ouvre le cœur et me façonne pour que sa volonté se fasse en moi, qu'il m'use comme il le veut ; c'est lui qui m'envoie chaque jour à sa mission, lui que je veux suivre. "

Tout l'élan missionnaire de Véronique se retrouve dans ces mots. Cette eau vive de l'amour de Dieu reçu gratuitement ne peut être gardée dans une jarre quelconque. Elle doit déborder et rejaillir en source féconde au cœur de tous les assoiffés d'aujourd'hui.

Véronique, j'aimerais maintenant te faire un cadeau. Je t'ai apporté cet outil essentiel que tout bon missionnaire se doit de posséder, une calebasse, symbole du puits de Samarie. Elle est belle cette calebasse, made in Ghana…

Pour ceux qui ne le savent pas, un calebassier est une plante rampante qui donne de gros fruits que l'on coupe en deux, que l'on fait sécher et qui donne ceci. La calebasse sert comme ustensile pour la préparation de la nourriture mais surtout pour boire. Au Burkina où j'étais, et je pense que c'est la même chose au Ghana, quand on arrive chez quelqu'un, on ne dit que " Hello ", et puis avant de parler et même de dire bonjour, on attend que l'on vous offre de l'eau à boire. " Sâan la koom " disent les mossi du Burkina. " L'étranger, c'est de l'eau ! ". L'accueil du voyageur fatigué par la chaleur est sacré.
Si vous le voulez bien, nous allons tous maintenant faire marcher quelque peu notre imagination, surtout vous, les plus jeunes. Après cette célébration vous pourrez essayer cet exercice à la maison… avec prudence cependant.

Imaginez une pyramide de calebasses. Si vous préférez, parce que plus proche de votre culture nantaise, une pyramide de verres à vin ! Vous commencez par une bonne centaine de verres - ou de calebasses - au premier niveau de notre pyramide. Il est plus intéressant, mais évidemment plus difficile, de construire une pyramide avec des verres de tailles, de formes et de couleurs différentes, un peu à l'image de notre humanité. Car vous le comprenez bien, chaque verre représente une personne. Au second niveau vous devrez diminuer le nombre de verres, mais vous continuez calmement à monter votre pyramide de calebasses ou de verres à vin de toutes couleurs, langues, peuples et nations. Et au sommet vous mettez la calebasse de Véronique. Demain elle sera peut-être au cinquième niveau ou au quatorzième, mais aujourd'hui nous la plaçons au sommet.

Vous me suivez… Je crois d'ailleurs qu'en certains coins de France, cet exercice fait partie des fêtes de mariage.

Votre pyramide constituée, vous versez de l'eau dans le premier verre. Vous versez l'eau doucement, au goutte à goutte, ou à grand flot. Qu'importe, l'important, c'est que cela déborde. Vous préférez y verser du vin, du champagne ou même du coca, ne vous gênez pas. Ce qui importe, c'est que cela déborde. Partant du sommet, faites bien déborder la calebasse de Véronique. Qu'elle déborde et remplisse peu à peu les verres du niveau inférieur qui doivent eux aussi déborder pour remplir finalement tous les verres de la pyramide. Tous doivent déborder de cette eau qui sera comme une source jaillissante de vie.

Cette eau, vous le comprenez bien, c'est la vie de Dieu, c'est l'amour fou de Dieu, c'est la tendresse de Dieu et sa miséricorde, c'est cette eau vive dont parlait Jésus à la Samaritaine. C'est cet amour, cette vie à laquelle Véronique communie et qu'elle est envoyée partager aux populations du Ghana. C'est cette vie de Dieu qui est en vous, en chacun de vous et que vous êtes vous aussi envoyés partager aux hommes et femmes de votre monde, hommes et femmes de toutes origines, de toutes couleurs, de toutes religions. Nous sommes tous missionnaires, envoyés pour dire aux hommes et femmes assoiffés que Dieu est amour et tendresse et que son amour et sa miséricorde ne connaissent pas de discrimination.

Une chose peut empêcher cette eau qui jaillit de Dieu de continuer à remplir les verres de notre pyramide. C'est le parapluie ! Si nous décidons de mettre un parapluie protecteur pour empêcher notre verre de se remplir de la tendresse de Dieu, notre verre ne débordera jamais et ne pourra pas combler la vie des autres. Alors, attention, pas de parapluie. Ne fermons pas notre cœur à l'amour de Dieu reçu des autres. N'empêchons pas l'amour de Dieu de se communiquer.

Véronique, cette calebasse te rappellera qu'ici au Bignon, il y a beaucoup de missionnaires prêts à accueillir l'amour de Dieu en eux, à en vivre et à le partager. Ils ne le feront pas tous au Ghana comme toi, mais ici chez eux en s'ouvrant à la rencontre des autres, comme Jésus avec la Samaritaine. Et peut-être d'autres jeunes, un jour, suivront ton exemple en se donnant totalement au Christ pour aller vivre en Afrique de l'amour fou de Dieu et l'y laisser déborder. C'est possible. La vocation missionnaire n'est peut-être pas très à la mode aujourd'hui en France, mais il y a encore des jeunes, hommes ou femmes, qui osent franchir la mer.

Je veux vous faire une confidence… Véronique n'est pas exceptionnelle. Elle n'est nullement une héroïne. Elle n'est pas superwoman. Elle connaît ses faiblesses et ses limites. Elle connaît des moments de doute et de peur. Si aujourd'hui, en toute confiance, à la suite de ses aînées, elle se donne pour toujours à la mission, c'est parce qu'elle a découvert en elle une force exceptionnelle, celle de l'amour de Dieu. Et cela est possible pour chacun de vous, pour chacun de nous. Il suffit de replier son parapluie et de se laisser habiter par cet amour… Le reste viendra tout seul. Vous déborderez de vie, de joie, d'amour vrai…

Si Véronique s'engage aujourd'hui pour la vie à la suite de Jésus pour vivre sa mission en terre africaine, c'est parce qu'elle sait qu'elle peut compter sur la fidélité de celui qui l'appelle. Mais c'est aussi parce qu'elle sait qu'elle peut compter sur l'amour des siens, sur l'amour de sa famille humaine, sur celui de ses sœurs et frères partageant le même dynamisme missionnaire, de ses amis et de vous tous ici son Eglise qui l'envoie en mission.

Véronique, notre prière t'accompagne. Que le Seigneur achève en toi ce qu'il a commencé. Qu'il te donne, à la suite du Cardinal Lavigerie et de Mère Marie-Salomé, de tout aimer dans notre chère Afrique. Amen !