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Merveille de Dieu est un prénom couramment donné aux enfants de Kinshasa. Je me souviens d'un petit garçon qui portait ce joli nom. Il est arrivé un soir dans notre communauté accompagné par notre soeur Alice Bangnidong.
Elle venait de passer quelques heures près de son père à essayer de le convaincre de reprendre son enfant chez lui. Mais en vain. Merveille de Dieu avait donc repris le chemin de l'exil, loin du cocon familial. La concubine n'en voulait pas et le père n'avait pas osé aller à 1' encontre de son refus. Il l'avait préféré à l'enfant légitime.
Ce gavroche aux bonnes manières, âgé de six ans, parlait le lingala et le français, signe qu'il venait d'un milieu plutôt favorisé. Sage comme une image, il nous étonna toutes, quand il commença à prier devant nous avant de se coucher. Le lendemain matin, Alice le conduisit dans une des maisons appartenant à O.R.P.E.R. (uvre de Reclassement et de Protection des Enfants de la Rue) pour qu'il y trouve un toit, une ambiance familiale et un amour maternel.
Depuis plus de vingt ans , des enfants des rues de la capitale congolaise trouvent refuge et réconfort dans des maisons fondées par le Père Frank, un prêtre de la congrégation des Serviteurs du Verbe Divin. O.R.P.E.R., son oeuvre, lui succède. C'est dans cet organisme qu'Alice travaille.
Comme le Cardinal Lavigerie avait recueilli des orphelins de la famine en 1869 et qu'ainsi débuta l'aventure de notre petite famille religieuse, Alice à Kinshasa, Rita en Zambie, ... des Soeurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique continuent aujourd'hui à venir en aide à des enfants abandonnés sur le bord du chemin. La tâche est immense. A Kinshasa on parle de soixante dix mille enfants de la rue.
Ces Merveille de Dieu, Nathalie, Suzy, Innocent... n'errent pas dans les rues de la capitale congolaise par hasard. Ils ont des histoires qui se ressemblent parce que la vie est trop dure, les bouches à nourrir trop nombreuses, le logement trop exigu... Il y a trop de " pas assez " : pas assez de fidélité dans les couples pour qu'ils tiennent bon et puissent garder leurs enfants avec eux parce que les dotes sont trop chères, pas assez de nourriture quand les petits boulots forment la majorité du travail, pas assez de pièces pour qu'une famille vive décemment... La pauvreté et la misère sont souvent le terreau d'aveuglements.
Ainsi quand arrive un malheur dans une famille, un ou plusieurs décès, des échecs professionnels... il faut bien trouver des boucs émissaires. Les enfants sont alors une proie facile parce qu'ils sont petits, parce qu'ils n'ont pas droit à la parole et parce qu'ils sont aisément influençables. Les soi-disant pasteurs des sectes en profitent. L'appât du gain les rend tortionnaire ! Pour que leur " petit patient " avoue leur délit de sorcellerie, ils n'ont aucun scrupule à les faire jeûner sans eau ni nourriture, à leur infliger des sévices de toutes sortes.
Une journaliste américaine a pu passer quelques semaines dans une de ces sectes qui jaillissent comme des champignons dans les rues de Kinshasa. Elle a ramené des photos qui ont permis de condamner les fauteurs de trouble.
L'accusation de sorcellerie était autrefois plutôt réservée aux personnes âgées et spécialement aux femmes. Mais dans les mégalopoles de certains pays africains, elle atteint maintenant principalement les enfants. La télévision joue un rôle fâcheux dans ce phénomène car elle véhicule des idées fausses à travers des feuilletons. Par exemple, la série " Muyombe gauche " , très suivie à Kinshasa, banalise et justifie le rejet des enfants. De nombreux films violents en provenance du Nigeria contribuent également à maintenir la population dans une suspicion malsaine vis à vis des enfants.
Sr alice accompagne Suzanna (gauche) chez ses parents adoptifs. Maintenant elle lle suit des cours de couture après avoir errée 2 ans dans la rue.
Plusieurs chaînes de télévision appartiennent à des sectes. Les délivrances en direct et les témoignages de guérison sont de bon goût. Ils attirent de nouveaux adeptes tout en remplissant les poches des pasteurs !
De toutes ces manigances spirituo-économiques, les enfants en sortent toujours perdants. Car l'accusation de sorcellerie restera comme une tâche indélébile gravée dans leur conscience et leur coeur. Tout l'amour qu'ils peuvent trouver dans les maisons de O.R.P.E.R. à travers les éducatrices, les enquêteurs sociaux, la réinsertion dans une école pour certains essaiera de les remettre sur une meilleure route.
Avec son équipe, Alice travaille à la réinsertion de ces enfants dans leur famille. Parce que des difficultés financières ont pu être à l'origine des rejets, O.R.P.E.R. paie pendant un an les frais scolaires des enfants qui sont de nouveau acceptés dans leur famille. Elle sensibilise aussi des couples stables à accueillir ceux et celles dont on ne veut plus. Il y a des adoptions par des familles congolaises, mais aussi des séjours plus courts qui permettent aux jeunes de retrouver une ambiance familiale le temps d'une fin de semaine ou des vacances scolaires. La joie est alors grande de se voir et de se sentir aimé.
C'est le cas d'Innocent qui est accueilli par Mama Véronique. Nous le connaissons bien car il est arrivé au centre nutritionnel dans un piteux état à l'âge de six ans. Il a ensuite été abandonné par son demi frère soldat et sa femme. Il vit aujourd'hui avec une vingtaine d'ex enfants de la rue dans une maison tenue par O.R.PE.R. .
Une joyeuse ambiance de fraternité et de savoir vivre circule dans ce milieu de vie. A les voir et à les entendre rire, on pense à la chance qui leur a sourie au détour d'une rue Car c'est grâce à la compassion d'un homme ou d'une femme qui a su s'arrêter et se laisser interpeller par la fragilité d'un enfant que Merveille de Dieu, Nathalie, Suzy et Innocent... sont aujourd'hui des jeunes qui veulent se battre pour vivre dignement.
Depuis peu, O.R.P.E.R. a mis en place un bus de nuit qui sillonne les rues de la capitale congolaise à la recherche surtout des plus petits. Car à quatre ou cinq ans, il fait toujours froid la nuit même quand le thermomètre stagne au dessus des 28° !
Pris dans Allafrica
Refuges sûrs pour les « Shegués » kinois
Le Potentiel (Kinshasa)
3 Octobre 2005
Publié sur le web le 3 Octobre 2005Y a-t-il combien de « Shegues » à Kinshasa ? Difficile à répondre. Aucune statistique ne le signale. Le ministère des Affaires sociale de qui dépend l'encadrement et l'orientation des enfants de la rue n'en sait rien.
Il n'a aucun projet d'encadrement ni d'intervention en faveur de ces « laissés pour compte ». Les quelques rares interventions observées sont l'oeuvre des institutions caritatives confessionnelles ou privées. Où se réfugient les « Shegués » kinois la nuit et de quelle manière ? Autant de questions qui nécessitent des réponses appropriées.
Il est difficile de vivre dans la rue. Les « Shegués » rencontrés l'affirment dans leur débrouille quotidienne pour la survie. En groupe de 5 à 12 personnes, ils passent des journées entières près de petits restaurants situés le long des boulevards et des bureaux officiels. En échange de menus travaux ménagers (vaisselles, lessive, courses), ils sont rémunérés en nature, souvent par un repas sommaire. D'autres sont des vendeurs ambulants, des débardeurs ou de cireurs de souliers, font la garde des voitures stationnées devant les parkings. La plupart d'entre eux vivent de mendicité ou de vol. A cet effet, ils se tiennent à proximité des feux de signalisation, sur les grandes artères de Kinshasa.
A l'arrêt des véhicules, ils passent de l'un à l'autre pour quémander de l'argent. C'est le cas à la place Mandela, dans la commune de la Gombe. Après une rude journée de débrouille, le soir, les « Shegués » passent leur nuit à la belle étoile, sur les trottoirs, devant les magasins et dans des constructions inachevées. D'autres s'étendent sur les bancs des parcs publics ou sur des étals des marchés.
LA RUE ET LA PASTORALE CATHOLIQUE
La Place de la victoire, la Gare centrale, Kintambo-magasin, le marché de Matete, le croisement des avenues Gambela et Force publique et le « Wenze ya libulu » dans la commune de Kinshasa sont des lieux de prédilection des « Shegués » kinois. Filles ou garçons, tous sont confondus dans une promiscuité qui pousse à des unions libres.
Cette situation émut la communauté de la paroisse Christ Roi dans la commune de Kasa-Vubu. Un prêtre, touché par la misère de ces enfants avait déclencha alors une pastorale des jeunes abandonnés. En 1983, le père Frank Roelants de la congrégation de Verbe divin initia l' « Oeuvre de reclassement et protection des enfants de la rue » (Orper). Le fondateur est mort il y a 11 ans.
L'oeuvre continue à Limete sous la direction du père Zibi. Aujourd'hui, l'«Orper» dispose d'une dizaine de maisons d'accueil pour filles et garçons de la rue. Cependant, elles méritent une attention particulière de l'autorité des Affaires sociales et de l'Hôtel de ville de Kinshasa. « Le gouvernement ne s'occupe pas de nos oeuvres », a déclaré Alphonse Kabwe, coordonnateur principal des activités de l'Oeuvre.
CAUSES DU PHENOMENE ET THERAPEUTIQUE
Assisté de la soeur Alice, chargée des enquêtes au sein de l'« Oeuvre de reclassement et protection des enfants de la rue », le coordonnateur a évoqué les causes principales de la présence des enfants dans la rue. Il s'agit des enfants issus principalement des unions libres, des familles divorcées, des enfants accusés de sorcellerie puis rejetés, le « libala ya yaka tofanda » (Union libre), la dépravation des moeurs.
La « sorcellerie » considère l'enfant comme la principale source des problèmes ou malheurs. Quelques cas ont été cités dont celui d'une fille déplacée de guerre que l'on a réinsérée à Isiro grâce à la Monuc, après qu'elle fut rejetée par sa famille d'accueil à Kinshasa, au lendemain de la mort de sa mère.
Il en est de même du jeune Kankolongo recueilli à 3 ans, mais refoulé par son oncle après le décès d'un cousin de la famille d'accueil.
Aujourd'hui, le programme de réinsertion à l'Oper ne pose pas tellement de problème puisque la prise en charge est fonctionnelle. En effet, selon les conditions exigées, l'enfant doit avoir moins de 14 ans, accepter de fréquenter l'école et apprendre un métier. L'enfant doit également se présenter spontanément dans le home.
On ne va plus le chercher dans la rue. Cependant, l'oeuvre assure un toit à l'enfant abandonné. Comme thérapeutique, il y a d'abord l'étape scolaire puis le centre de formation professionnelle à «Boyokani » dépendant de l'organisme «Aide à l'enfance défavorisée» à Kintambo. Ensuite, vient une enquête, pour tenter de réconcilier l'enfant avec sa famille et réinsérer ce dernier dans la société.
N'eût été l'apport des organismes comme le Pam, l'Unicef, la Crs et la société Orgaman, les centres Oper seraient contraints à une fin malheureuses, par maque soutien de la part du gouvernement.
Adresses des Centres d'accueil de l'Oeuvre - Home Père Giezeman, C/2 rue d'Irebu, dans la commune de Kasa-Vubu - Home Augustin Modjipa, 16 rue Bondo, dans la commune de Ngiri-Ngiri - Home Christian Muanga, 144 avenue Niangara, dans la commune de Ngiri-Ngiri - Home Samy Isameri, 84 avenue Kulumba, dans la commune de Bumbu - Home Suzanne Lukau (pour filles), 19 Yahuma, dans la commune de Kasa-Vubu - Home Père Frank (pour garçons), 38 Popokabaka, dans la commune de Kasa-Vubu - Maison Arnold Janssen, 1 rue des Orangers, quartier Kauka, commune de Kalamu - Maison de passage et de famille, 6 rue Mpila, quartier Mombele, commune de Limete - Projet Mobile (par Bus) pour le travail de nuit : place de la Victoire, Lac, Pont Cabu, et Wenze ya Libulu à Kinshasa.
Statistiques de la réinsertion
En 2005, l'Oeuvre a rendu à leurs familles 545 garçons et 115 filles
Le « Bus » a traité 415 « Shegués » maladesGrâce à la Monuc, des « Shegués » ont été rapatriés à Brazzaville, Lubumbashi, Mbanza-Ngungu, Isiro, Kisangani et Kikwit.
The Right to a Future is in Our Hands
Compiled by Srs Maggi Kennedy W.S. and Alice Bangnidong W.S.
White Fathers - White Sisters October-November 2005 Issue 384
Sr. Alice Bangnidong is one of our first Ghanaian Sisters. She had been a Secondary School teacher in Ghana before she joined the Missionary Sisters of Our Lady of Africa (MSOLA, White Sisters). Sr. Alice did her training in our Society in various centres Ghana, London, Kenya and Tanzania. Her first field experience before she made her First Vows was in the Archdiocese of Mombasa, Kenya where she helped to co-ordinate the `Young Christian Students' in schools in the vast diocese.
Sr Alice with one of her caresShe was a novice in Arusha, Tanzania. After her First Vows she studied and received a degree in Social Ministry from Tangaza College, Nairobi which is a constituent College of the Catholic University for Eastern Africa. As part of this degree she had a practical experience again in Mombasa in a home for Street Girls. The Centre is called the Wema Centre it now cares for daily more than 300 Aids Orphans providing food and schooling. It also continues to give girls found on the street skills and counselling giving them a chance to live. Lucy Yinda is the founder and director of the project which started in 1991 in a small house with 5 girls. The MSOLA have also assist this project financially.
Sophe (right) 13 years. Her singlemother sent her to the extended family where she was ill treated and ended on the street.
After her studies Sr. Alice took another step she was appointed to Kinshasa, Democratic Republic of Congo. She had to leam another language, French, before stepping into a new journey. Sr. Alice shares with us a glimpse of her work in Kinshasa where she is now.
Sr. Maggi: How do you see the present situation in the Democratic Republic of Congo?
Sr. Alice: I am in Kinshasa. There is a bit of agitation almost every day about the political situation. It's clear that there won't be elections as scheduled. They might take place much later. The population wants elections to take place now. A large number of people are living in abject poverty on all levels. This is due to the deterioration of the political, economic and social life of the people.
Sr. Maggi: What are the consequences of this unstable situation?
Sr. Alice: As a consequence of the situation the number of Street Children are increasing beyond measure. More and more children are coming into the streets and our drop-in centres are overcrowded. Every day more and more corne for help and shelter. It is estimated that there are at least 35,000 children on the streets of Kinshasa.
Sr. Maggi: What is being done for these Street Children?
Sr. Alice: I work with and for the street children. This project was initiated by a Society of the Divine Word priest in the 1980's when he was a parish priest in one of the parishes in central Kinshasa. Today ORPER which means in English `Organisation for the Protection and Reintegration of Street Children', is considered to be the first Non-Govemmental Organisation in the Democratic Republic of Congo.
Sr alice accompanied Suzanna (left) to her adoptives parents. She is now sewing school after being on the street for two years
Sr. Maggi: It must be very difficult to handle a situation like this in an urban area. How is the project set up to effectively assist these children in their often appaling situations?
Sr. Alice: ORPER has two drop-in centres. One for girls and the other for boys. The one for the boys welcomes about 400 boys of 5-15 years old everyday. The one of the girls welcomes about 65-70 girls of 5-15 years old everyday. We have four boarding houses. One for thirty one boys of 5-12 years old. Another for those of 13-15 years. Here there are 29 boys. The third home is for boys of 16 and above. Thirty four boys reside there. The fourth home is for girls of 6-16 years old. Thirty four girls at present reside there.
Sr. Maggi: I believe in 2003 you began a new project to create a family environment for these children. How is this new initiative set up?
Sr. Alice: A new project was initiated in 2003. The project consists of couples living with their own children and having ten children from our Project also living with them. This is very much like the SOS villages which exist in Kenya and other places. This gives the children a feeling of belonging and a greater sense of well being.
Sr. Maggi: In Kinshasa at night it must be a particularly hard time for children on the streets. They are often hungry, alone and canying great emotional burdens. Do you have an outreach to reach out to the children at night?
Sr. Alice: Yes, we do. In February 2004 we began a mobile centre. This mobile centre consists of four people who circulate in town in a bus from 7p.m. to mid-night. As the Team meet the children during these hours they listen to them, talk to them and dress their wounds. Some have scabies as a result of living rough together with other infections and need medical care. Those who want to return to their families are helped to go back home after the family have been traced and discussion has taken place to assure the future of the child.
Sr. Maggi: When the children go into the homes do they receive training?
Sr. Alice: When the children are taken into our homes they are given education or professional training.
Sr. Maggi: How do you begin to reintegrate them into society?
Sr. Alice: As part of the reintegration process, they are admitted to the public schools.
Sr. Maggi: How is this complex project fmanced? Sr. Alice: As you will realise, feeding, medical care, clothing, education, the spiritual, recreational activities, the personnel and administrative work for this project is immense. It is thanks to providence that we keep going.
Sr. Maggi: Are you preparing projects to help to make the project self supporting?
Sr. Alice: Since 2003 we now have a bakery to give us some local income. We are looking at other ways to become more self sufficient. One suggestion is to build a recreational centre and homes to be rented out.Sr. Maggi: How many people work for ORPER? Sr. Alice: There are a total of 54 employees. Sr. Maggi: What do you actually do?
Sr. Alice: I am responsible for all that deals with the investigations, the reintegration back in the families or in the society. Since I began here we have reintegrated 246 children back to their families and into society. Even at this level we do follow-ups to find out how they are integrating in their families. Sometimes some of them go back to the streets because of family problems sometimes economic or unresolved conflicts. So Sr. Alice continues her work each day reaching out to these children. It has its joys and many sorrows.All over Africa Street Children are increasing rapidly. The whole family structure is changing and often being devastated by the movement to the cities. This project and many others like our Tikondane Project in Lilongwe and in Mwanza, Tanzania continue to provide a safe haven and hope for the future for children who would often have no hope especially in the era of the Aids pandemic. Children are the future we owe it to them to give them a chance. It is their right.
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