LAÏCS MISSIONNAIRES LAVIGERIENS (Page 2)
DE BUKAVU

(République Démocratique du Congo)

Maman Fifi Buhendwa ( Joséphine) est membre associée aux SMNDA
Elle est interviewée par Sœur Françoise Noël qui est à Bukavu elle aussi..

Juillet 2003

Mama Fifi Bukavu Soeur Françoise
Bukavu
Je m'appelle Josephine Buhendwa, mère de huit enfants. Je vis à Bukavu, et travaille à Caritas (Secours Catholique), paroisse de Kadutu à Bukavu, en RDC

· Peux-tu nous dire quelles personnes tu rencontres dans ce service de Caritas?
Souvent nous avons des réfugiés,des déplacés, des personnes qui ont différentes difficultés. C'est pourquoi l'apostolat n'est pas facile: vieillards, malades , veuves, orphelins...



Fifi à droite, avec une maman
dont l'enfant
est en train
de mourir


 

Il faut d'abord les écouter, leur rendre visite pour mieux sentir leurs situations qui sont souvent déplorables. Après, c'est la recherche d'une solution à partir des besoins qui ont été repérés.
Il y en a qui ont des maisons. D'autres n'en n'ont pas ou presque. Parmi les locataires, certains manquent de quoi vivre.
D'autres sont chassés de la maison. La plupart de ceux-là n'ont rien à manger.
Certains n'ont pas les moyens de faire éduquer leurs enfants. Mais ce sont surtout les orphelins qui n'ont personne pour leur venir en aide. Nous voudrions qu'ils puissent aussi apprendre quelque chose. D'autres n'ont pas le nécessaire pour étudier.

Certains enfants dorment par terre; ils manquent de couverture et d'habits.
A part quelques grands magnats qui aident quelques enfants, le souci de la plupart des autres est de savoir s'ils vont manger le soir.

· Et toi, que fais-tu avec toutes ces personnes qui ont de si grands besoins?
Je tâche de contacter, en collaboration avec notre curé, toute personne de bonne volonté, les organismes sensibles à ces personnes en difficulté. Souvent, c'est la Caritas diocésaine et la communauté des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique qui vit avec nous à Kadutu.

Cette situation est-elle satisfaisante pour toi maintenant?
Avant, la tâche était plus facile. Actuellement, nos bienfaiteurs semblent eux aussi, avoir des difficultés.

Quels obstacles rencontres-tu dans ton apostolat?
La meilleure solution, c'est la prise en charge de chacun: lui donner ce avec quoi il peut se débrouiller; lui éviter d'être une charge pour les autres. Il est difficile de trouver pour chaque famille le moyen de se débrouiller.Nous manquons souvent de moyens . De plus, tout le monde n'est pas fait pour le commerce.
Actuellement notre premier bailleur, la Caritas a des difficultés dûes au grand nombre de déplacés dans la ville à cause des récents évènements et massacres dans la région de Ngweshe.
Ceux qui nous aident pour les soins médicaux ont coupé leur soutien pour le moment..

· Devant une telle situation , à quelle conclusion arrives-tu, alors que tu te donnes corps et âme?
Cet apostolat est très beau, car, au moins, il y a moyen de soulager des souffrances.Mais actuellement, nos coeurs souffrent de n'avoir pas la possibilité de les atténuer .
Malgré tout, nous continuons, selon les moyens que nous trouvons.

· Comment fais-tu pour tenir bon dans un service pareil? où trouves-tu ta force?

Ma force, je la trouve dans le Seigneur, dans la prière. Mon soutien, c'est le Seigneur qui est capable de tout faire.
J'ai l'espoir qu'un jour ou l'autre nous pourrons aider nos frères et soeurs qui souffrent.


· Tu es associée à notre Congrégation et je sais que tu es très sensible au charisme du Cardinal Lavigerie. Comment cet esprit missionnaire du Cardinal Lavigerie te fait-il vivre?


Moi-même d'abord, j'aimais être impliquée dans l'oeuvre missionnaire. je me sens tout à fait attachée; je me sens comme si je souffrais avec lui.
Par la suite, j'ai trouvé des personnes à qui je peux me confier, qui peuvent m'écouter, avoir confiance en moi...C'est pourquoi, avec les autres Laïcs Missionnaires, nous essayons de partager avec nos frères qui sont dans la difficulté.

· Te rappelles-tu , dans la vie du Cardinal Lavigerie, des actions qu'il a menées et qui ressemblent à celles que toi tu mènes aujourd'hui?
Je sais que d'abord, dans son cœur, il a souffert. Après la souffrance, il a réfléchi comment il peut trouver une solution.Il a essayé de contacter des gens qui l'aideraient; il a cherché comment faire étudier les orphelins, faire soigner les malades qui avaient le choléra; il a même partagé ses vêtements d'évêque pour habiller les orphelins.

Alors on peut demander la bénédiction de Dieu pour toi, pour que tu puisses continuer longtemps.!..


Pourrais-tu nous parler aussi d'un autre secteur de ta vie apostolique?
Oui, c'est " l'enfance missionnaire ".

Elle a commencé avec l'Abbé Jean Marie qui était vicaire à Kadutu et est maintenant curé à Bagira. Je suis responsable pour la paroisse de Kadutu.
Compte tenu de la situation, nous devons continuer l'éducation des enfants.

Fifi et le Groupe des Enfants Missionnaires


· Quelle est l'orientation profonde de ce mouvement de l'enfance missionnaire?
Il s'agit d'aider les autres enfants à aimer Jésus et à être témoin de lui dans leur famille, dans leur école, dans leur communauté de base. Nous formons ces enfants à être les missionnaires de leurs camarades, à faire de leur vie une offrande . Nous comptons sur leur participation spirituelle. Nous souhaitons susciter en eux la vocation missionnaire.

· Comment t'y prends-tu pour faire grandir tout ça dans la vie de ces enfants?
. Nous faisons ensemble l'initiation aux danses liturgiques, inspirées des danses traditionnelles et par lesquelles les enfants louent Dieu. Ils sont divisés en trois groupes: entre I2 et I5 ans; entre 6 et 11 ans; entre 3 et 6 ans.
Nous les initions à l'apostolat: il se fait dans nos communautés ecclésiales vivantes et aussi, par groupes, chez les démunis, les malades, les vieillards et à l'hôpital.


Le Groupe partant voir les malades avec ce qu'elles ont récolté

Le chapelet est récité dans les maisons avec un programme fait par les encadreurs.
Les instructions touchent le savoir vivre et l'éducation à la vie.
Avant les répétitions liturgiques, il y a un temps pour donner quelques directives spirituelles suivies de résolutions. Les enfants font aussi des sketches, déclament des poèmes; nous projetons aussi des films éducatifs pour les enfants.
Dans un grand groupe d'enfants de ce genre, quels sont les besoins que tu sens ?
Les parents font un effort pour payer les uniformes: ainsi tous les enfants sont égaux!.Mais la moitié n'y parviennent pas!

· Quelles sont tes joies?
La première, c'est que ma vie missionnaire, je la partage avec les autres.
D'autres deviennent missionnaires avec moi. C'est ma première joie.
Avec ces enfants nous partageons d'abord la même foi: je me sens avec eux comme leur maman!

Tu as déjà une grande famille à la maison!!! mais ça ne te suffit pas!!! le Bon Dieu t'a donné un coeur qui devient très grand!!! Que le Seigneur te bénisse, ainsi que tous ceux et celles à qui tu te donnes!


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