Afërdita Dushaj, originaire du Kosovo, a fait sa première expérience dans une communauté des Soeurs Missionnaires de Notre d'Afrique à Rome puisqu'elle parle italien. Elle y a appris le français, une des deux langues officielles de la congrégation afin de se préparer à partir en Afrique (Mauritanie).
En novembre 2007, Afërdita a eu la joie de recevoir la croix des postulantes. Lors de cette cérémonie, soeurs Hélène Mbuyamba, Marie-Alice Terrettaz et Chantal Vankalck ont rempli le rôle des tantes, en usage dans certaines cultures d'Afrique, avant que soeur Piluca Benavente, la supérieure générale, lui remette la croix.
Sur Chantal Vankalck du Conseil Général et sur Laurence Huard ont accompagné dans son pays, Afërdita Dushaj, une postulante albanaise du Kosovo, pour une mission d'Animation Missionnaire et Vocationelle et pour rencontrer sa famille avant son premier départ pour l'Afrique, en Mauritanie, le 25 mars 2008.
Laurence nous raconte :
" Nous sommes arrivées trois jours après la déclaration d'indépendance du Kosovo. Hormis la présence de la KFOR (force armée qui assure le maintient de la paix depuis 2000, après la guerre qui
opposait Serbes et Albanais du Kosovo), nous n'avons pas senti de tensions. Les villes sont reconstruites, les maisons neuves, pour beaucoup inachevées, se dressent dans le paysage. Les restes de la guerre sont visibles à de rares endroits : ruines de maisons Serbes (les habitant étant partis), locaux d'associations calcinés. Ce sont surtout les familles qui portent les séquelles des massacres qui ont eu lieu ici voici neuf ans (un père, des frères, des fils qui sont absents ). Les cimetières sont remplis des noms de jeunes hommes morts sans pouvoir combattre. La télévision transmet et retransmet des cérémonies de souvenir.
Au programme : Trois journées de rencontre en paroisse et une visite chez l'Evêque du Kosovo.
Nous avons une journée pour trouver sur place un rétroprojecteur afin de passer un diaporama qui présente en albanais notre Congrégation et notre vie en Afrique. De démarches en coups de téléphone, Afërdita trouve enfin un bon contact, une télévision locale " Syri Vision ", (un peu de publicité, il l'ont bien mérité !) pour le louer. A 20 h 00 le samedi soir nous avons une promesse de prêt pour le lendemain ! C'est avec cet espoir que nous nous endormons tard le soir ! Toute la famille d'Afërdita, chez qui nous logeons, partage notre anxiété et nos espoirs !
Le lendemain, à l'heure convenue, un jeune technicien musulman (97% de la population est musulmane) nous attend avec tout le matériel. C'est lui qui nous assistera, à la fin de la messe, pour toute notre présentation ! Le Prêtre Don Lush, ami d'Afërdita, est tout à fait encourageant. Il nous présente à sa paroisse et nous invite à parler. Afërdita doit tout traduire car à part bonjour (mirdita), merci (falaminderit) et d'autres petits mots, nous sommes bien pauvres L'attention est grande dans l'église remplie en ce temps de carême. Les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, tous nous écoutent, déjà étonnés que nous ne portions pas de voile.
Après une demi-heure et une panne d'électricité, Don Lush invite les paroissiens à réciter la prière à Notre Dame
d'Afrique, traduite par Afërdita en Albanais, et que deux petites filles avaient distribuée. Ensuite, au moment de sortir, une nuée de femmes et de jeunes filles se pressent vers nous pour nous toucher, nous saluer, nous encourager, nous demander de prier pour elles. Le silence de l'assemblée et les regards fixes, presque froids, ne me laissaient pas du tout envisager cela ! Nous terminons sur le parvis de l'église par un " concert " improvisé autour du tamtam : chants en langues Africaines et en français et même sur des airs albanais. Une belle ambiance ! De quoi nous encourager, d'autant plus que le dialogue avec quelques jeunes filles a pu commencer en anglais !
Le mardi, rencontre avec l'Evêque, Mgr Dodë Gjerqji. C'est un homme souriant qui nous reçoit avec simplicité dans son bureau. Pour communiquer directement avec nous, il fait l'effort de parler en anglais : geste d'humilité et d'accueil vis-à-vis de notre démarche et du cheminement dans notre Congrégation de sa " fille " Afërdita. Nous repartons avec sa bénédiction.
Le vendredi, après plusieurs visites dans des familles et paroisses grâce à Don Lush qui nous pilote, et aux connaissances d'Afërdita, nous nous rendons dans un village Croate à l'est du Kosovo.
Situé dans les montagnes, ce village semble loin de tout. Son Curé, Dom Matëj rêve depuis lontemps de partir en mission en Afrique. Il n'a presque pas besoin de nous pour parler de l'Afrique à ses paroissiens. Nous sommes en terre conquise d'avance ! L'électricité part juste au début du lancement du Diaporama traduit en Croate. Le temps de brancher un générateur de secours nous improvisons le chant à Notre Dame d'Afrique accompagné par le tamtam ; déjà Chantal n'a plus de voix, le froid l'a saisie ! Suit une soirée missionnaire entre nous, le curé et quelques jeunes. Don Matëj accepte avec joie d'être notre correspondant au Kosovo pour recevoir et accompagner les jeunes femmes qui s'interrogeraient sur la vocation missionnaire en Afrique : accueil, premier accompagnement, lien avec la Congrégation.
Deuxième dimanche, nouvelle paroisse, Don Tom nous accueille. Pas d'électricité, pas de diaporama, plus de spontanéité, nous essayons de témoigner de notre amour pour le Christ et pour l'Afrique à travers notre vécu sur le terrain et le récit de l'appel que nous avons entendu. Chantal interpelle les jeunes directement : " Si vous avez un désir, exprimez-le, ne le laissez pas s'éteindre ! " Là aussi, rencontres après la messe et témoignages de sympathie venant des paroissiens. Chantal a dû signer des autographes au dos des prières à Notre Dame d'Afrique !
Notre séjour touche à sa fin. Les parents d'Aferdita nous ont reçues comme deux filles de la famille. Les au revoirs furent pleins d'émotions : pas facile de laisser partir sa fille si loin, vers l'inconnu, quand la vieillesse et la maladie sont là.
Nous repartons en disant, " Pourquoi pas ! Nous avons semé, d'autres récolteront ". L'aventure ne fait que commencer. "Sur Laurence Huard
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