Amis de la Mission N° 99

Ta Langue... Je l'écoute

Madeleine AllainLe respect d'un peuple passe par la reconnaissance et la promotion de sa langue, surtout pour les Kabyles, la langue berbère. Ce fut la trame de la vie de Sœur Madeleine Allain. Son travail alliait la passion scientifique et un grand désir de rencontrer l'autre dans son identité propre. C'est là que Madeleine comprenait et vivait "l'annonce de la Bonne Nouvelle", celle d'un regard chaleureux sur le plus précieux de lui-même. Son ardeur pour la mise en valeur de la langue berbère - bien avant la reconnaissance de cette langue par les autorités algériennes - n'avait d'équivalent que son enthousiasme pour faire découvrir à ses amis algériens, les trésors de leur culture et de leur langue.

En 1939, Madeleine arrive en Algérie. Avec courage et méthode, elle se lance dans l'étude de la langue berbère. Elle fonde le Centre féminin d'étude berbère à Tizi Ouzou. Ses nombreuses relations avec des femmes kabyles et leur famille, lui permettent d'observer patiemment et avec grand respect les coutumes et les traditions. Elle sait ne pas s'arrêter à un extérieur qui peut étonner. Elle cherche le sens profond de gestes parfois hermétiques pour les étrangers.

En 1946, pour la fondation du Fichier de Documentations Berbères, elle collabore avec les Pères Blancs, particulièrement les Pères Dallet et Lanfry. Elle collecte des textes auprès de ses amies informatrices, tout en les formant à ce travail. Madeleine était vraiment douée pour saisir tout le sens de ce qui est dit, malgré les difficultés d'une langue non écrite.

En 1947, elle obtient le brevet de Berbère (Faculté d'Alger) et en 1949 elle étudie l'arabe à Tunis. A son retour, elle affronte avec succès le diplôme supérieur de Berbère à la faculté d'Alger. De nombreuses Soeurs Blanches ont bénéficié de son enseignement et de son talent pour éveiller à cette culture dont les femmes sont les premières gardiennes.
Dans les années 66-70, elle suit de près les progrès dans le matériel pédagogique audiovisuel. Madeleine et ses collaboratrices mettront au point une méthode d'apprentissage audiovisuelle " Tizi Bbucen".

En 1976, son grand désir de proximité avec la population, la pousse à demander de vivre en petite communauté dans un appartement. En 1978, elle fonde avec deux autres soeurs, la communauté de Bejaïa.

En 1979, un travail humble et patient commence pour elle. Il s'agit de réviser minutieusement, en contexte féminin, toutes les fiches de l'immense trésor laissé par le Père Dallet. L'objectif est de taille : remanier, avec le Père Lanfry, le Dictionnaire Kabyle Français (1052 pages)

Les relations de Madeleine sont nombreuses, particulièrement avec ceux qui ont à coeur de redonner à la langue berbère sa vraie place. Avec discrétion, elle apporte ses connaissances, livre sa documentation, munit les bibliothèques des villages en Kabylie, des exemplaires du Fichier de Documentations Berbères.
Elle participe aussi à un long travail de traduction de la Bible en langue courante avec un groupe de chrétiens de Petite Kabylie, et à la traduction de l'Évangile en berbère classique avec le Père Lanfry.

Madeleine a été très aimée des familles avec lesquelles elle a vécu ce travail linguistique. Sa bonté, sa délicatesse et sa sagesse lui ouvraient les maisons et les coeurs. Tous comprenaient vite la valeur de son travail et s'y prêtaient avec bonheur, enthousiasme et persévérance.

A sa mort, un journal d'Alger, "La Nouvelle République", titre : "La culture berbère perd une amie".
L'archevêque d'Alger, Mgr Teissier, dit : " ... elle avait reçu du Seigneur des dons exceptionnels de sympathie pour la langue et la culture de l'autre. Avec l'aide de ses collaboratrices et amies, elle en a maîtrisé tous les secrets ..."


Andrée Geoffroy

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