Amis de la Mission N° 95

* 11 novembre 2001 Bab El-Oued *

 

Bab El-Oued ! "je connais bien ce quartier d'Alger, écrit Sr Raymonde Marie,
j'y ai travaillé plus de 20 ans." Oui, incroyable ces images télévisées. Ce cataclysme arrivé en quelques minutes a bouleversé l'Algérie. Sollicitée par "Caritas" et l'Association "S.O.S. Bab El-Oued" pour aider les survivants, Raymonde Marie nous dit ce qu'elle a vu et entendu.




Des torrents de boue déferlant dans les quartiers. Portes, fenêtres, rideaux des magasins défoncés ... arbres, pylônes, voitures, bus, camions, emportés ... rues éventrées... piétons, hommes, femmes, enfants happés par le vent, ballottés, engloutis puis charriés vers la mer. Avec la force du torrent, la plupart des victimes étaient retrouvées nues... ce qui ajoutait encore à la désolation. Effroi, paralysie, consternation, anéantissement des survivants... Solitude, car amis et voisins sont morts ou dispersés dans des recasements multiples.

Les jeunes de ces quartiers, ceux que, volontiers on appelle "Hittistes" - ceux qui ne font rien, "tiennent les murs" - ou "voyous", ont fait preuve d'un courage inouï, même au risque de leur vie. Avec pour seule protection une corde passée autour de la taille, et retenue par quelques copains perchés sur un mur ou un balcon, ils se jetaient dans le torrent de boue pour y repêcher ceux qui luttaient pour essayer de sortir de là. Quelques-uns de ces jeunes ont été eux-mêmes emportés, après avoir sauvé dix, douze, quinze personnes...

"Le plus dur à vivre, me disait l'un d'eux, c'est d'avoir tenu des mains et d'avoir été obligé de les lâcher.. C'était vraiment trop dur ! Nous n'étions pas assez forts pour lutter contre cette nature en furie. Mais maintenant j'ai toutes ces images qui défilent dans ma tête..."

Quand ce fut possible, les secours se sont organisés. Les familles touchées par le désastre ont été secourues. Farine et lait pour nourrissons, toute chose introuvable dans le quartier, c'est ainsi que des liens se sont tissés.

Mais dans de telles circonstances, il y a des "oubliés"... Avec les jeunes de "S.O.S Bab El-Oued" nous découvrons autour de chez eux des familles dans une détresse incroyable, naufragées de la vie sans aucune ressource. N'étant pas sinistrées des intempéries elles sont laissées pour compte. Seuls, des voisins partagent avec elles leur strict nécessaire. L'Association S.O.S. nous informe, puis avec un ou deux responsables qui sont du quartier et bien connus, nous rendons visite à ces familles. Ensemble nous faisons un rapide état des lieux et nous voyons ce qu'il est bon de faire. La chaîne de solidarité s'organise. Oh ! une goutte d'eau dans un océan de détresse. Les plus jeunes, seize, vingt ans sont toujours volontaires pour préparer des sacs et les porter aux familles. Les modestes sommes venues d'un peu partout, ont permis de secourir directement les gens en réel besoin.

Ce qui touche le plus les habitants de Bab El-Oued c'est de voir que l'on s'intéresse à eux, qu'on fait ce qu'on peut pour les aider. Surtout, qu'il est possible d'aller vers eux sans avoir peur et de se sentir bien avec eux.

Après tant de douloureuses années, voilà bien le plus beau cadeau que l'on puisse s'offrir les uns aux autres.
Sr Raymonde Marie




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