Amis de la Mission N° 93
Articles
1. Amani La Paix
2. Ces Mille Collines

* Amani ! La Paix*

Il y a quelques mois, c'était le 1er mars, à Butembo, dans le nord du Congo Démocratique 100 000 personnes ont crié Amani, la pak, la paix maintenant ! C'était la clôture du Symposium International pour la Paix en Afrique, SIPA. Nos médias ne l'ont pas signalé. A l' aide de récits venant du Congo, nous avons décidé de nous tenir au courant. Si la guerre peut se gagner par les armes et les rapports de force, la Paix ne se gagne que dans les esprits, le changement de mentalité et la force des relations sans exclusion.
C'est donc du 27 février au 1er mars 2001 que se tient ce SIPA. Il se donne comme objectif d'éveiller la communauté internationale, à ce qui se passe au cœur du continent africain. Selon les termes de l'évêque de Butembo: "Faire la guerre à la guerre par la non violence, en rassemblant le plus grand nombre de personnes et d'Associations pour parler de la paix et comment la construire". Le SIPA est organisé à l'initiative de l'église catholique, de l'Eglise du Christ au Congo (Fédérations des Eglises protestantes) et des Sociétés civiles du Kivu. En collaboration avec des Associations italiennes et le soutien financier du Secours catholique. Les invités sont venus d'une dizaine de pays dont l'ltalie (300), la France, la Belgique, la Suède... et le Congo. La population a préparé le SIPA, avec l'accompagnement des Eglises et les Sociétés civiles. Le moment venu, il était alors possible de témoigner devant des centaines d'Européens, des drames de tout un peuple, d entendre la soif de paix de tous...




Quand Jean Pierre Bemba est invité a prendre la parole, chacun retient son souffle. J.P. Bemba est le président du FLC, Front de Libération du Congo, le président des troupes rebelles au gouvernement de Laurent Désire Kabila. Ses troupes sévissent dans le nord-est du Congo avec l'appui des pays envahisseurs (en vert sur la carte): Ouganda, Rwanda et Burundi. La première phrase du président est applaudie: " Nous figurons parmi les acteurs qui peuvent amener la paix dans le pays ". Par contre, quand il donne les raisons de la rébellion, la salle proteste. Il fait des promesses en cours de réalisation et signe le " Livre d'Or ". A la fin du SIPA, il dit: " J'ai entendu votre requête. Je viens d'abord vous demander pardon pour les erreurs, les atrocités, les crimes, les pillages commis par nos militaires. Je viens vous assurer qu'a présent, en tant que responsable de ce mouvement, je m 'attellerai à restaurer la sécurité et la paix pour tous... ". Ces deux jours d'échanges et d'intense réflexion se sont clôturés par la marche de la paix et la célébration œcuménique. A 9 h du matin les cloches des églises catholiques et protestantes sonnent et 100 000 personnes se mettent en marche vers le lieu de la célébration - signe des progrès oecuméniques dans la région - scandant Amani, la paix, Uhuru, la liberté. Comme de coutume dans les célébrations, les chrétiens partagent le peu qu'ils possèdent avec leurs frères et sœurs dans des besoins plus grands. Aujourd'hui, ces dons iront aux déplacés de guerre. Tous les participants sont renvoyés chez eux pour y être porteurs de paix, en parole et en acte.

Sr Jean Bernard




Il a signé

" Après son allocution, le président Bemba est invité a signer le "Livre d'Or" en signe d'engagement pour la paix. Sur le tableau est peint le sang de centaines de milliers de Congolais massacrés par les troupes d'occupation et leurs complices congolais. Une colombe blanche survole ce fond rouge de sang avec une branche d'olivier qui annonce la paix. Toute la salle attend. Que fera le président ? Voici qu'il se lève et d'un pas décide il s'avance vers le tableau et y appose sa signature... "
Karibu
Bulletin de liaison et d'animation chrétienne






Ces Mille Collines

Sœur Jeanne Chanel, infirmière de santé publique, a partage, pendant 35 ans, la vie des Barundi au pays des " Mille Colline ", le Burundi. En 1999, un grave accident de santé exige un départ rapide pour la France. Apres 15 mois de traitement, traverses avec grand courage, Jeanne peut affronter le voyage. Revoir ceux et celles qui ont chemine avec elle a Gitega et ailleurs. Leur dire adieu avant de commencer une mission en France. Echos de ce dernier voyage.

Je sais que j'arrive dans un pays secoue, depuis longtemps, par des "conflits ethniques". Je ne sais pas si la route vers l'intérieur est ouverte. Incertitude vite levée, les Sœurs m'attendent et nous pouvons partir vers Gitega. Quelque 200 km d'une route goudronnée, relativement bonne. Pays des "Mille collines" et des 'Mille nuages". Pendant ce voyage, je sens surtout les mille nuages. Cette route autrefois si belle, si vivante, est aujourd'hui déserte, triste, éteinte. Les mille nuages sont devenus "chape de plomb". On sent la méfiance, la peur, on voit beaucoup de militaires. Enfin Gitega ! L'accueil, les embrassades, la gaieté d'autrefois. Très vite, parce que je suis connue, vient le moment des confidences. C'est plut6t rare dans la tradition du Burundi. Les Barundi n'en peuvent plus, alors quand ils ont confiance, ils parlent de leur vie: les peines, les morts, les inquiétudes, la peur. Nous nous sommes écoutés, nous avons essaye de comprendre un peu. Ce qui me frappe, c'est une grande lucidité qui ose s'exprimer. Tous m'ont dit: "Nous sommes fatigues de cette guerre, les politiques en mettent plein leurs poches et leur ventre et nous ne pouvons pas même acheter une cuillère de sucre ".



Jeanne Chanel reçoit son dernier cadeau
Un panier en vannerie: symbole du grenier.
C'est à la fois un cadeau et un souhait.

J'ai pu constater aussi un grand nombre d'orphelins. Orphelins de la "guerre civile" m'a-t-on dit, bien plus que du sida. Impossible de ne pas voir le grand nombre des "déplacés" regroupes en camp de réfugiés. On parle d'un million de déplacés a l'intérieur d'un pays de 6 millions et demi d'habitants.
Les uns fuient volontairement les endroits trop dangereux. Les autres sont expulses de leurs maisons et de leurs champs par les forces qui dominent dans la région. On parle aussi de 350 000 "déplacés" a l'extérieur du pays.
A travers tous ces drames de la vie, ces souffrances, le courage de ce peuple vous laisse sans voix. Courage dans le cœur, les bras, l'entraide sans distinction d'ethnie. Chez les femmes surtout. Elles ont des projets pour améliorer les conditions de vie. Elles les mettent en œuvre, nous les soutenons.
Il faudrait aussi parler des campagnes de réconciliation. Les Eglises (67 % de chrétiens dont 62 % de catholiques et S % de protestants, 32 % de religion traditionnelle et 1% de musulmans), des Associations laïques et religieuses s'y emploient. Pour
beaucoup, à la base: "Nous sommes des Barundi, point. Les conflits ethniques 120US en avons assez". Restent aussi en moi ces très forts moments d'amitié. J'ai entendu: "Tu nous as aimes... Quand tu es partie, si vite, nous savions que tu étais malade a cause de nous, a cause de tout ton travail pour nous... Nous nous sommes retrouves, c'est bien toi... Tu as encore de la santé, tu nous aimes, nous sommes en paix...". Qu'auriez-vous fait a ma place ? J'ai pleure.

Sr Jeanne Chanel



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