Amis de la Mission N° 92Juin
2001
Articles
1. Femmes au Niger par Touni-Rachel-Aminatou
2. Aller plus loin mondialement et localement par Sr Jean Bernard
3. Une Grande Pharmacie
4. Des fleurs pleins les cheveux
5. Médecine Verte par Sr Odile Striby, médecin
6. 16 siècles ... plus tard par Sr A.M. Gauthier.
Niger. Un pays du Sahel de 10 800 000 habitants. 70% a moins de 25 ans et
60 % vit avec 1 dollar par jour. Dans la région de l'Arewa au sud du
Niger, huit femmes décident de réagir. Depuis 2000, elles mettent
en place un groupement / coopératif. Son but ? Améliorer la vie
quotidienne avec les moyens et les énergies de la région. Un nom
qui est tout un programme: Solidarité des femmes de l'Arewa, SOFEMA.
Quand des Nigériennes parlent des réalisations de leur groupement,
elles montrent comment faire mieux en faisant autrement.
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Charrettes. Pour résoudre le problème des transports un
artisan a fabriqué des charrettes avec de bons pneus, des essieux ne
même une roue de secours, au cas où... L'an dernier les I huit
femmes du groupe ont pris possession de | leur charrette. Grâce à
l'argent des transports elles remboursent le prix de la charrette en deux ans.
Au Niger, on n'a jamais vu une femme mener un attelage. Un fils de la famille
fait fonction de cocher. Il s'agit de transporter des marchandises, récoltes,
fourrage, des personnes pour les fêtes, les mariages, les décès.
Il y a aussi le transport des malades et des femmes enceintes.
Chaque transport permet de gagner quelque chose. Ces gains servent à
payer le cocher, à nourrir les bufs et à rembourser le prix
de la charrette. Quand une charrette est remboursée cela permet à
une autre femme, entrée dans le groupement, d'en recevoir une dans les
mêmes conditions: 8 charrettes en 2000, 12 en 2001, 15 l'année
suivante, oui nous espérons 35 charrettes.
Stock de solidarité. La famine arrive, les femmes du groupement
ont stocké 30 sacs de 100 kg de mil. Une goutte d'eau peut-être.
Ce sera dur de décider à quel moment et sous quelles conditions
le stock sera entamé.
Eau.
Pendant la période des pluies, beaucoup de femmes puisent l'eau directement
à la mare ou à la rivière. Nous sommes des femmes organisées,
nous suivons des formations en santé, alors ça suffit de voir
nos gamins avec un gros ventre plein de larves. Maintenant c'est l'eau de la
fontaine. Bon, il faut payer 10 F cfa (0,10 F), 10 F cfa... parce que nous portons
deux bidons de 20 litres. Un bruit court au village: en 2020, c'est dans 19
ans, il n'y aura plus assez d'eau potable pour la population qui aura doublé.
La fontaine ne chantera plus, elle sera sourde et muette, vieille femme flétrie,
ratatinée. Cela commence à nous inquiéter. Les vieux, eux,
ont parlé comme des ministres "nous allons voir ce que nous pouvons
faire". C'est le même refrain partout. Il n'y a plus qu'à
compter sur nous. Nous ne ferons pas de Marche mondiale pour la paix ou pour
l'eau. Nous nous engageons à travailler à la protection de nos
arbres. Celui qui coupera un arbre dans notre village, nous irons dans sa cour
avec nos sifflets, toute une nuit. Une honte suivie de la grève du lit.
Amende honorable: planter 2 arbres, les arroser pendant 2 ans. Après
il aura droit au pardon.
L'animation des femmes par les femmes a bien commencé. Nous ne baissons
pas les bras même s'il faut pour cela travailler 14 heures par jour, 7
jours sur 7.
Touni-Rachel-Aminatou![]()
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Aller plus loin
mondialement et localement
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Il fallait se réjouir le 19 avril dernier. L'industrie pharmaceutique (39 laboratoires) abandonne les poursuites contre le gouvernement Sud-Africain. Dans la presse, des titres comme "Une étape dans la bataille du tiers monde pour la santé", invitent à penser " victoire ". Certes, dans l'immédiat, quelque chose est acquis. Il faudra d'autres victoires dans le cadre des règles de l'Organisation Mondiale du Commerce, O.M.C. Cependant, accepter de remporter d'autres étapes sur cette route, c'est reconnaître et admettre la toute puissance de la mondialisation économique et financière. C'est accepter que les médicaments ne soient que des produits commerciaux. La santé pour tous est un autre combat. Au plan national,
pour la santé des nationaux, pour les pays qui le peuvent. En France,
la Couverture Maladie Universelle, C.M.U, date de janvier 2000. Au plan
mondial aussi car la santé de l'humanité ne peut être
l'objet de la mondialisation économique et commerciale. La santé,
et à plus forte raison un fléau sans frontière comme
le sida, ne peuvent rester dans les règles des valeurs d'échange,
des profits, des rapports de force qui sont celles de l'O.M.C. Un autre
organisme mondial a précédé l'O.M.C. d' un demi-siècle.
Il s' agit de 1' O.M.S "Organisation Mondiale de la Santé".
Son action est encore partielle mais les résultats bien réels
dans les campagnes de vaccinations, les épidémies... La
réalisation du droit à la santé pour tout être
humain est du ressort de l'O.M.S. en collaboration avec les États,
les O.N.G. de santé... |
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| Et localement ? Toutes les Congrégations Missionnaires
en Afrique ont, dans leurs archives, des herbiers, des notes, des documents,
parfois des livres, sur les plantes locales médicinales. Des recettes
aussi. Parmi les missionnaires âgés, rares sont ceux qui n'ont
pas eu recours, une fois ou l'autre, sur le conseil d'un ami africain, à
un remède fabriqué avec les plantes du pays. Quand ils en
parlent c'est à la fois pour louer l'efficacité du remède
et le souvenir des effets secondaires dus à des erreurs de dosage
!... II faut bien, aujourd'hui, constater que ce filon n'a pas été exploité vraiment. Les causes en sont multiples, mais surtout nous avions "nos" médicaments plus faciles à employer, efficaces ou nouveaux comme les vaccins... Ces médicaments du Nord descendaient sans contrainte dans les dispensaires et les hôpitaux qui naissaient au Sud. De nombreux colis de médicaments, disons non périmés, ont maintenu un certain temps ce recours aux remèdes occidentaux. En Afrique quelque chose est en train de bouger. Par exemple cette lettre d'un missionnaire du Congo Démocratique: "...Dans le pays, la situation a changé. Beaucoup sont passés de la pauvreté à la misère. Ils viennent me demander à longueur de journée de l'aide pour se faire soigner. Ils n'ont pas d'argent pour acheter des médicaments... Que faire ? Le Seigneur m'a fait entrevoir une piste pour tenter une solution qui ne favorise pas la passivité et la dépendance... J'ai découvert un biologiste qui, depuis une dizaine d'années, cherche les remèdes aux principales maladies de la région, dans les plantes. Il a accepté de nous donner une session. Ce fut pour moi une révélation: nous ne pouvons plus laisser mourir les malades entourés des plantes qui peuvent les guérir... Nous avons lancé la formation des 41 secouristes de nos communautés... " La revue "Jésuites en Mission" n°280, mars 2001, dans un article sur les plantes médicinales reconnaît le travail des pasteurs protestants au Cameroun. De 1928 à 1939 "par crainte que ne disparaisse avec la construction des hôpitaux l'héritage médicinal des ancêtres" un groupe de travail se réunissait régulièrement pour mettre en commun tous les renseignements possibles sur les plantes locales: 2500 préparations basées sur 405 plantes. La même revue fait connaître l'existence d'un jardin où poussent une quarantaine de plantes employées dans la pharmacopée traditionnelle. Des O.N.G. s'intéressent aussi aux remèdes locaux en lien avec des équipes de pharmaciens occidentaux à la retraite pour étudier le conditionnement et le dosage des remèdes. |
Liane Strophantus. En usage médical, c'est un excitant cardiaque. les Pygmées l'utilisent au bout de leurs flèches pour immobiliser le gibier. (photo"Jésuites en Mission" |
| Au Mozambique. Une guerre civile a duré 17 ans. Les dispensaires sont détruits, les médicaments manquent, reste la médecine traditionnelle. En 1991, un an avant la signature de paix naît l' Association des médecins traditionnels mozambicains. Il s'agit de médecins ou guérisseurs non de devins ou sorciers. Ils se réunissent chaque mois (2/3 d'hommes, 1/3 de femmes) pour mettre ensemble leur savoir et leur réflexion. Sr Odile Striby est invitée à leurs réunions. De là vient le désir de travailler en commun: médecine traditionnelle et médecine moderne. La confiance fait son Chemin. |
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| Au Bukina, certainespharmacies ont des dépôts de remèdes traditionnels pour soigner toux, diarrhée, paludisme. Des infirmiers suggèrent souvent ces médicaments aux malades, ils les utilisent pour eux-mêmes et d'ailleurs toutes les classes de la société y ont recours. Une religieuse africaine de Bobo-Dioulasso s'est spécialisée dans la fabrication et la vente de produits pour soigner diabète, hypertension... Le Mali a créé une Institution Nationale pour réhabiliter la médecine traditionnelle, porter ce patrimoine à au niveau supérieur et viser la santé pour tous dans le plus bref délai. Que de richesses à partager dans l'approche de la personne malade, dans la connaissance et l`utilisation des remèdes de la médecine traditionnelle. Le sujet est vaste. La route encore longue. Elle va dans la bonne direction. Sr Jean Bernard |
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Une grande pharmacie Sr Florence Jaud |
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Des fleurs plein les cheveux Bamako. |
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Médecine Verte
Notre objectif est de réduire localement la dépendance
qui s'est créée vis-à-vis de la médecine
moderne. C'est aussi pour les personnes éloignées de l'hôpital
avoir accès aux premiers soins, grâce aux ressources locales.
Pour les familles touchées par le sida, ces moyens à la
portée de tous permettent une amélioration dans leur confort
et leur santé. Nos sessions de formation se transforment vite
en échange: connaissance de nouvelles plantes, méthodes
de préparation, dosage... |
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16
siècles
... plus tard
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Augustin ?
La majorité des Algériens n'en
ont jamais entendu parler, n'ont jamais lu ses écrits, ils l'ignorent
totalement.
Après 16 siècles de silence, quelle surprise de découvrir
à l'occasion de la célébration en 2001,
de l'Année du Dialogue des Civilisations, décidée par l'ONU,
la figure de ce génie universel, homme de dialogue que fut le philosophe
Augustin.
Un colloque est organisé à Alger, à l'initiative de Mr
Abdelaziz Bouteflika, Président de la République Algérienne,
en partenariat avec la Confédération Suisse.
La préparation a été confiée au Haut Conseil Islamique
d'Alger, à l'université de Fribourg (Suisse) et à l'Institut
des Études Augustiniennes de Rome.
Parallèlement aux conférences, une exposition présente
à la Bibliothèque nationale à Alger,
plusieurs thèmes ayant trait à la vie et à l'uvre
de ce fils de l'Algérie. Elle montre l'africanité et l'universalité
d'Augustin dans le monde d'aujourd'hui.
Dans ces manifestations, le monde voit un geste politique d'ouverture qui veut
montrer la capacité de l'Algérie à se réconcilier
avec son passé
et s ' approprier toute son identité. Le peuple d'Algérie découvre
que Augustin (354 - 430) est bien Africain par sa naissance à Thagast
(aujourd'hui Souk Ahras) petite ville de la province de Numidie (Algérie
actuelle).
Africain par la langue, il connaissait le punique (langue parlée de son
temps en Algérie).
Africain par conviction, après sa conversion au christianisme à
Milan, et ses années romaines,
il choisit de rentrer au pays comme prêtre, puis comme évêque
d'Hippone (Bône, aujourd'hui Annaba).
C'est là qu'il exerce son activité de pasteur . En même
temps il lutte contre les hérésies.
A la manière africaine, il traite ses problèmes en palabrant avec
des groupes de chrétiens.
Augustin est aussi Universel, philosophe,
écrivain, il fait partie des grands penseurs ayant marqué d'une
empreinte forte, l'histoire de la pensée humaine.
A travers ses écrits, il pose des questions modernes: angoisse de l'homme,
usage de la liberté, rapport entre foi et raison.
De son vivant, il jouit d'une grande renommée à travers tous les
pays du bassin méditerranéen.
Depuis, son influence ne cesse de s'amplifier. Ses oeuvres sont objet de recherche
et d'enseignement dans les cinq continents.
Dans son discours d'ouverture du colloque, le Président Bouteflika regrette
la fracture du monde contemporain,
alors que les cultures s'enracinent profondément dans les religions de
la même matrice abrahamique
qui proclame: fraternité de tous et égalité absolue de
chacun. C'est un espoir, un geste d'ouverture.
Augustin, désigné pendant longtemps comme un "latin"
est reconnu maintenant par l'Algérie comme celui qui apporte au monde
son africanité.
Ne nous y trompons pas, ce colloque n'est pas un colloque religieux.
Ce qui intéresse l'Algérie c'est de récupérer le
message d'ouverture et d'universalité d'Augustin.
L'autre message d'Augustin est une pierre d'attente qui sera reprise par Mohamed
et le Coran, un siècle et demi plus tard.
Redécouvrir Augustin c'est réconcilier le passé préislamique,
basé sur la civilisation latine et berbère, avec l'Algérie
actuelle.
Toujours déchirée l'Algérie va-t-elle retrouver la paix
en relisant un des plus grands penseurs africains de l'antiquité.
Sr A.M. Gauthier
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