Lorsque je suis arrivée à Gumo en septembre 2002, le jardin denfants Espérance, Tamaha en langue dagbanli, nen était quà ses premiers balbutiements. Il sagissait dune reconversion du projet de « Centre de ressources » commencé en particulier par Maricruz Torrès (mexicaine). (Gumo est à 15 km de Tamale)
Tamaha a été créé avec laccord des autorités villageoises. Depuis sa construction début 2001, les bâtiments étaient utilisés le matin pour rassembler les jeunes enfants dâge préscolaire, leur donner des rudiments danglais et quelques connaissances de base dans différents domaines. Ils formaient un seul groupe dune trentaine. Au mois de septembre 2002, ils ont été partagés en deux groupes. Une postulante, Vinolia Ayivor (Ghanéenne), et notre jardinier, Idrissu, enseignaient sans aucune formation préalable.
Les premiers mois, tout en apprenant le dagbanli, jai essayé une fois par semaine de leur apporter quelques conseils de pédagogie, préparation de classe et organisation. Plus tard, jai passé du temps dans la classe avec eux. Il sagissait dune uvre naissante, sans passé ; donc cela a été un défi pour moi. Jai une formation et une expérience dinstitutrice dans les classes primaires, mais je me suis sentie dépourvue pour ce niveau de maternelle. Et puis le système éducatif du Ghana est différent de celui de ma Bretagne natale !
Véronique avec les enfants de l'école gardienne
La création dune uvre demande détablir des contacts avec lenvironnement, dêtre en relation avec des uvres du même type. Cela demande un esprit dinitiative et de créativité, la disponibilité à se réajuster sans cesse, louverture à la communauté, la confiance en soi autant de bonnes qualités à découvrir et à développer ! Je me suis sentie parfois inférieure à la tâche, ne sachant par quel bout prendre les choses, manquant dorganisation
Jai appris à avancer doucement, à accepter mes limites, à me remettre à lEsprit, à trouver un encouragement dans lexpérience de mes surs aînées dont beaucoup sont passées par ce même genre de situation. Jai encore beaucoup à améliorer. Je crois que nous navons jamais fini et japprécie beaucoup laide de mes surs à travers leurs questions, défis, conseils.
DES CHOIX DE FONCTIONNEMENT
Une « uvre à nous », cest aussi bien sûr un investissement financier ; tout laspect matériel est entre les mains de la congrégation. Mais lexpérience que nous avons à Gumo est que les amis, connaissances et même parfois des gens inconnus sintéressent à notre uvre, « luvre des surs », et font preuve de beaucoup de générosité par des dons en nature ou en espèces. En 2003, des lycéens ont organisé une collecte de matériel pour les enfants de Tamaha quils avaient connus par Internet ! Je pense que les enfants sont aussi une population qui éveille lintérêt des gens ; nous sommes par eux au service du futur dun peuple.
Dans « luvre à nous », les choix de fonctionnement internes sont ouverts et permettent de refléter notre esprit de congrégation. A Tamaha, dans les relations avec les parents et les enfants, par lesprit de fraternité et de pardon que nous essayons de développer, cest ma foi dans lAmour du Christ que je désire partager, ma certitude que chacun est enfant de Dieu, habité de Sa présence, chargé de talents particuliers à développer. Dans le cas dune école, nous avons libre choix des enseignants.
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A la fête de Noël : déguisement et partage du repasComme nous avons la charge de cette uvre, il nous est aussi plus facile de nous organiser, dajuster nos engagements aux autres appels de la mission : cest ainsi que les dates douverture et de fermeture sont parfois décalées ou quun enseignant est remplacé par une autre personne. Bien sûr, lun des avantages est que cette uvre est une « plate-forme de lancement » pour les plus jeunes. Elle le fut pour plusieurs postulantes comme elle lavait été pour moi et je continue dapprendre beaucoup de choses. Lorsque des aspirantes passent quelques jours chez nous, « luvre à nous » leur permet de découvrir une façon de vivre notre charisme et dy prendre part.
TOUCHER LA POPULATION
Le fait que notre uvre soit un jardin denfants, et quil se trouve juste à côté de chez nous, est un moyen privilégié pour toucher la population. Par les enfants, nous sommes en lien avec les familles. Nous pouvons transmettre des connaissances aux élèves, leur partager ce que nous savons, mais aussi les aider à grandir dans toutes les dimensions de leur être, les éveiller à la présence de Dieu et leur apprendre à vivre ensemble. Cette expérience du groupe est la première pour les plus petits. Léducation est une pierre de fondation dans la vie dune personne. Ce quelle acquiert dès le plus jeune âge construit son être social, intellectuel, spirituel.
Cest une uvre de prévention aussi. Les jeunes éduqués senfuiront moins facilement dans des tentations destructrices, afin de gagner leur vie ou de lui donner un sens. Mais, avec lexpérience de trois années maintenant, cela devient une évidence pour moi que le jardin denfants devrait être suivi par un primaire solide.
Je trouve beaucoup de joie dans la mission qui mest confiée : les enfants ont soif de connaître, de découvrir leurs talents ; nous grandissons, eux et moi, les uns par les autres !
Sur Véronique Hégron
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