
Trees d'HeygereSur Blanche Constantine Algérie |
Second témoignage, celui de Sr Trees d'Heygere après celui
de Sr Marie-Renée Wyseur,
au colloque du 7et 8 /12/02 à la rue Friant,
Organisé par les Pères Blancs et Soeurs Blanches
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L'EVOLUTION DU DIALOGUE
ISLAMO-CHRETIEN EN ALGERIE
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| Bien entendu cette intervention ne se situe
pas au plan théorique, ni théologique Je me situe plus volontiers dans la réalité quotidienne, au fil des jours, à la lumière des rencontres, et dans le choc des évènements. Cette expérience est enrichie par celle de tous ceux que je côtoie, qui portent en eux le même souci de rencontre, de partage, de vie conviviale, de communion, le désir de se dire mutuellement ce qui nous fait vivre, quel est notre Dieu, Comment s'exprime et se vit notre foi. |
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Ce que j'essaierai de partager avec vous fait partie d'une réalité
complexe, pluraliste, avec des tendances allant d'une pratique religieuse
traditionnelle, à une attitude ' adaptationiste ', c'est-à-dire
moderniste ou réformiste.
Je ne peux ignorer le fond historique dont chacun et chacune sont imprégnés. Et nous savons que les relations islamo-chrétiennes ont souvent été assombries par des conflits où tous se sont enfermés dans une lutte pour le pouvoir et pour les âmes.
Il suffit d'un bref rappel pour mémoriser cette histoire: chute de l'empire byzantin; croisades; inquisition; menace ottomane de conquérir l'Europe; expansion et domination coloniale européennes, compétition politique et culturelle des superpuissances ( années I95O); guerre du golfe et situation conflictuelle au Moyen Orient actuellement.
De même , nous ne pouvons nier une certaine émulation, rivalité de part et d'autre, qui a existé pour obtenir des conversions, avec le défi actuel de la réaffirmation contemporaine de l'Islam ou du fondamentalisme islamiste.
Ainsi, les relations de l'Islam avec l'Occident ont été souvent
marquées, moins par la compréhension que par l'ignorance mutuelle,
par la répétition des clichés et par la confrontation
et les conflits.
Malgré tout cela, il y a toujours eu des hommes et des femmes qui ont
transcendé la pesanteur de cette réalité peu reluisante,
aussi bien d'un côté que de l'autre. Je prends comme exemple,
des hommes comme l'Emir AbdelKader, Raymond Lulle, St François d'Assise.
plus proche de nous, Germaine Tillon, des hommes d'Eglise pendant la guerre
de révolution algérienne, et tous ceux et celles qui oeuvrent
quotidiennement, patiemment et passionnément à l'ombre des médias
et des projecteurs.
Je retourne volontiers quarante ans en arrière. Il y a bientôt
4O ans que je vis en Algérie avec ce peuple de croyants. J'ai pu évoluer
avec lui, grandir avec lui, avancer pas à pas, reculer aussi. Actuellement,
je crois pouvoir mesurer ma chance, le don reçu de pouvoir prendre
racine dans ce pays.
Quarante ans, c'est le temps de l'indépendance du pays. Quarante ans, qu'est-ce que cela signifie dans l'histoire de l'humanité? Et pourtant le mode de relations a beaucoup évolué, il s'est approfondi et libéré.

A mon arrivée, l'accent était mis sur le démarrage, sur
le développement du pays. Il était évident que nous n'étions
pas là pour " convertir ". Nous respections la croyance de
l'Autre. C'était aussi une condition afin de pouvoir durer dans ce
pays.
L'Algérien était musulman de père en fils, sans se poser trop de questions, convaincu que sa religion était la bonne. C'était celle de ses ancêtres, c'était la dernière des religions révélées. Elle était venue parfaire le judaïsme et le christianisme. Très souvent, nous étions sollicitées à devenir musulmanes, car " c'était la seule chose qui nous manquait! "
Le sens de notre présence s'exprimait pour certains dans un témoignage de vie, pour d'autres dans une insertion dans les structures du pays, ou dans une structure de services à rendre: éducation pour les enfants des couches les plus démunies, soin des malades, artisanat. Pour nous Soeurs Blanches, cela allait de pair avec une attention particulière aux femmes, à leur devenir, à leur statut , à leur promotion.
Dans cette Algérie, il y avait deux tendances bien opposées:
· les modernistes, qui prônaient une évolution technique, économique et sociale tournée vers l'occident;
· les fondamentalistes, les traditionalistes, les " ulemas ", " bathistes " poussant entre autre l'éducation dans une arabisation forcenée. Ce fondamentalisme a déjà commencé dans les années soixante-dix, dans les universités et dans l'enseignement. Il a connu son apogée entre la fin des années 8O et le début des années 9O.
Ensemble nous avons constaté l'échec du modernisme par le socialisme d'Etat avec le parti unique. Nous avons assisté à une montée en flèche d'un islam " importé " du Moyen Orient, de l'Arabie Saoudite, du Pakistan et de l'Afghanistan, sans oublier l'influence de l'Iran. Il fallait retourner aux sources, revenir à une vie comme au temps du Prophète, dans la vie et les coutumes quotidiennes.
A cette époque dans l'islam, " din et dawla ", c'est l'Islam " dawla ", l'Islam politique qui a envahi tout l'espace. l'Islam en tant que religion, en tant que spiritualité existait très peu.
Ce islam " revivaliste " ou fondamentaliste a très vite dégénéré dans un terrorisme aveugle. Ce furent des années sombres pour les habitants de ce pays et pour tous ceux qui y vivaient, liés à ce peuple, notamment pour les membres de l'Eglise.
Nous avons partagé, senti le désarroi de nos frères et soeurs algériens face aux actes barbares, face aux massacres qui touchaient les meilleurs de leurs fils. Parmi eux, il y avait toute une élite de chercheurs, de professeurs, d'hommes de lettres, de journalistes. Et bien sûr, les couches les plus défavorisées payaient et continuent à payer un lourd tribut à ce terrorisme barbare.
| Nous étions également unis dans
le deuil des dix-neuf de nos frères et soeurs. Ces assassinats, douloureusement ressentis par toute la communauté chrétienne l'étaient autant par les amis algériens, par ceux qui nous sont proches et par tous ceux qui ne pouvaient admettre de tels agissements. Ils savaient nous le dire, nous le faire sentir bien au-delà des mots. Le sang a été répandu aussi bien chez ceux originaires de ce pays, que chez ceux qui volontairement avaient fait leur ce pays d'accueil et qui partageaient sa vie depuis de longues années . Si auparavant ils pouvaient nous dire que nous faisions partie de leur famille ou que nous étions des leurs, depuis ces évènements, ils disent encore bien plus volontiers que nous sommes des leurs, car " nos sangs sont mêlés ". |
![]() Missionnaires d'Afrique,tués en I994 Charles Deckers- Jean Chevillard- Alain Dieulangard- Christian Chessel |
Paradoxalement,
c'est au plus profond de cette vague de terrorisme, au creuset de ce retour
en arrière, que les croyants algériens ont pris le temps, se
sont sentis obligés de regarder leur Islam, leur foi traditionnelle,
qui n'avait pas grand' chose en commun avec cette vague de violence provenant
d'un islam primitif, sectaire, qui a failli tout emporter.Mais quelle est
donc cette religion qui peut tuer, massacrer!
Peut-on parler de foi en Dieu,
peut-on accepter que l'on dise:
" C'est Dieu qui veut cette tuerie ".
" Non, cette violence, ce n'est pas l'Islam! "
Nous avons entendu cela bien des fois.
Il fallait approfondir sa foi,
avec un effort de compréhension,
sortir de soi, poser des questions.
Et c'est ce FIS ,qui a fait tant de mal,
qui a aussi permis de libérer la parole.
Ils nous ont forcés à porter un regard sur ce que nous vivions,
à questionner notre foi ensemble, à partager nos convictions
ensemble, à creuser ensemble ce qui fait le fondement de nos choix,
de nos motivations. On peut dire qu'une libération mutuelle a pu se
faire. Pour nous chrétiens, cela a été une plus grande
liberté de parole - encore une fois, non pour ramener l'autre à
soi - mais ce fut la possibilité de pouvoir rendre compte de ce qui
nous habite avec beaucoup plus de liberté et de clarté. C'est
un théologien d'origine à la fois catholique et hindoue , Raimon
PANIKHAR, qui a dit: La vérité n'est pas relative, elle est
relationnelle. "
Ainsi, notre désir de nous faire proches - ce que nous croyons être
notre vocation - a pris de plus en plus de consistance, de profondeur. Comme
dans l'évangile du bon samaritain nous comprenons que notre prochain,
c'est celui qui croise nos chemins. Si nous le gardons à distance,
alors nous nous éloignons de l'appel qui nous a été adressé
et nous vidons de tout sens le mouvement de l'incarnation.
Se faire
proche, se faire proche
dans le respect de l'autre,
de son identité personnelle et communautaire,
se fait tout d'abord dans l'amour qui sert
et qui ne fait pas de différence, de distinction
Peut-être peut-on dire ainsi qu'on manifeste
l'amour de Dieu pour tous, pour tous les hommes.
Se faire proche, c'est aussi se rencontrer,
et la liberté de la rencontre est liée à la gratuité.
Le simple fait de vivre ensemble
fait que nous communiquons
quelque chose de ce que nous sommes,
car nous portons avec nous notre identité
Je suis de plus en plus persuadée que
Dieu, c'est Celui qui nous habite,
qui veut habiter au coeur de tous les hommes
Si nous sommes capables de vivre de plus en plus cette intériorité,
alors nous devenons aptes à nous entendre, à voir ce qui se
passe, ce qui se vit
chez nos frères musulmans et nous les aidons à révéler
leur Dieu, leur foi.
Comme eux d'ailleurs,ils nous apprennent à dire notre foi d'une façon
vraie et simple.
Nous pouvons leur dire que nous croyons en un Dieu trinitaire et en Jésus
fait homme. Ceci ne signifie pas qu'ils puissent comprendre la Trinité,
ni l'Incarnation qui est au centre de notre foi.
Ils sont aptes à reconnaître le don de Dieu dans l'expression
de notre respect envers leur croyance, dans le service assuré, dans
l'effort d'un amour universel vécu , et bien sûr, dans nos partages
de vie.
Poser la question de l'annonce avec nos partenaires musulmans, c'est poser
la question de l'Amour dont nos vies voudraient être signe.
" Un verre d'eau offert ou reçu, un morceau de pain partagé,
un coup de main donné parlent plus juste qu'un manuel de théologie
sur ce qu'il est possible d'être ensemble. "
(Christian de Chergé, dans' L'invincible espérance'
).

Nos frères et soeurs musulmans reconnaissent le coeur du message s'ils
découvrent que pour nous l'amour de ceux avec lesquels nous vivons
est le coeur de l'expression de notre foi. Car Dieu est Amour, n'est qu'Amour,
tendresse, et Il nous envoie les uns vers les autres, dans cet Amour.
Je dis bien les uns envers les autres, ce qui inclut que nous aussi , nous
avons à recevoir de nos frères et soeurs musulmans le témoignage
qu'ils nous donnent lorsqu'il s'agit du don que l'Esprit de Dieu leur accorde
à eux, dans leur propre culture et civilisation spirituelle.
Il est aussi évident qu'il fut un temps où la fin de l'Evangile de Matthieu: " De toutes les nations , faites des disciples, et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit " fut prise à la lettre. Ceci ne nous a pas aidés au respect et à l'ouverture à la religion de l'autre.
Pour ma part, je peux ignorer cette citation de Matthieu,la laisser de côté; je peux aussi me poser la question: " Mais qu'est-ce que cela veut dire? " Il me semble qu'à aucun moment la révélation du Père par Jésus-Christ n'est allée de pair avec une conquête. Le Dieu Père que Jésus est venu nous révéler n'a rien de conquérant. c'est le Père de l'enfant prodigue, c'est le Père qui accepte que son Fils meure sur une croix. Il n'y a aucune preuve de force, aucune contrainte
| L'originalité du Christ consiste justement en son " effacement " au profit de tous. Tous sont importants pour Lui, surtout les derniers. |
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Et tout a été remis entre les mains des hommes. Le Fils nous
dit aussi que " le disciple n'est pas plus grand que son Maître
". Or le Maître s'est soumis aux lois humaines, à la condition
humaine. Il n'a jamais utilisé la force: " Si tu veux, viens...
".
Je crois pouvoir dire que cette conviction exprimée est aussi celle
de mon Eglise de Constantine et d'Algérie. Je suis heureuse d'appartenir
à cette Eglise parce que c'est une Eglise qui se sait appelée
pour tous les hommes parmi lesquels nous vivons, une Eglise qui veut aller
à la rencontre de l'Autre, afin de faire un bout de chemin ensemble
en toute humilité.
Dans l'Eglise d'Algérie nous parlons volontiers du sacrement
de la rencontre, du signe de la rencontre. C'est Christoph Teobald, théologien
au Centre Sèvres à Paris, qui, à partir de notre vie
et de notre expérience ici ,a utilisé ce
Il s'agit de rencontrer les autres, les musulmans, à la manière
de Jésus: se laisser surprendre, passer de l'inquiétude à
la surprise, à l'étonnement, à l'admiration des valeurs
humaines de tel autre, de sa manière de partager ses confidences, de
m'accueillir avec amitié, de leur grande solidarité avec ceux
qui sont dans la nécessité.
Et nous voyons que la première réaction de Jésus est
plutôt de l'ordre de l'étonnement.(ex. le centurion: " Jamais
je n'ai rencontré une telle foi en Israël ! "
Comme Lui, nous pouvons recevoir dans l'expérience de la rencontre
du plus petit, de celui qui ne partage pas notre tradition, la révélation
de notre propre identité.
Ceci nous amène à l'écoute, à notre vraie réalité
dans une Eglise qui se sait fragile, vulnérable. Je crois aussi que
c'est cette faiblesse et cette fragilité qui fait sa force.
J'aime cette fragilité et cette faiblesse qui nous permet d'être sans défense, les mains nues par rapport à l'autre, qui fait tomber les barrières, les préjugés. Ainsi la différence n'est plus sentie comme une menace mais comme une valeur, une richesse qui donne du sens, de la consistance à notre relation mutuelle. Elle nous permet de nous laisser interpeller, de nous désinstaller et de nous enrichir par l'existence de l'autre. C'est ce chemin de dialogue que nous privilégions: chacun sait que l'autre a une part de vérité,qu'il essaie de vivre au plus près de sa conscience.
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Un musulman tunisien disait |
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C'est aussi un mois où une grande émulation se manifeste pour
guider les croyants musulmans dans le droit chemin. Les influences qui proviennent
de l'étranger par la T.V., par la distribution de cassettes video,
mettent l'accent sur une pratique pointilleuse, en y ajoutant bien des conseils
persuasifs, afin de devenir un très bon musulman, une très bonne
musulmane. Ceci ébranle bien souvent certains croyants, qui cherchent
à vivre au plus près de leur conscience. L'accent est mis essentiellement
sur une pratique extérieure, sans souci d'intériorité.
Entre amis et amies, copains ou copines, la discussion porte souvent sur la
religion, la croyance, mais aussi sur les exigences. Les femmes nous confient
bien souvent leur désarroi face aux contraintes qui leur sont imposées.
Cependant peu se sentent assez libres pour lâcher ce qu'elles trouvent
contraignant, et même insensé.
Une amis me disait très judicieusement au sujet du livre de Tabari
qui énumère tout ce qu'il y a à faire et à ne
pas faire: " Comment Dieu peut-il s'occuper du maquillage, de la tenue,
de nos fréquentations.....du matin jusqu'au soir ? "
Il
est important d'écouter aussi ces questions,
qui ne relèvent pas de l'ordre théologique,
mais qui prennent une importance très grande
dans le quotidien de la vie, surtout celle de la femme,
car les contraintes la concernent en premier lieu.
Il me semble fondamental que ceux qui sont en recherche
puissent apprendre à approfondir leur foi,
ouvrir leur intelligence afin de découvrir ce qui fait le coeur,
l'essentiel de leur foi en Dieu, de leur vie avec les hommes
et les femmes dans le quotidien.
Les fêtes chrétiennes et musulmanes sont des lieux et des occasions
de rencontre. Nous chrétiens sommes depuis longtemps associés
à leurs fêtes, au Ramadhan. Par contre, eux l'étaient
moins. Il pouvait y avoir une crainte de récupération qui rendait
l'invitation plus difficile. C'est une confiance plus grande pour tout ce
qui touche à la religion et à la foi de l'autre qui s'est instaurée,
avec une réciprocité plus facile.
En arrivant en Algérie dans le sud, le père d'une élève me disait que, durant plusieurs années , il avait questionné sa fille après chaque jour de classe, afin de constater s'il n'y avait pas de paroles tentant d'endoctriner sa fille par la religion chrétienne.
Un médecin confiait un jour à un collègue prêtre: " Vous avez Jésus-Christ et son commandement: 'aimez-vous les uns les autres': cela se sent et se constate dans votre travail. On peut vous faire confiance. "
Il y a eu à Constantine ,durant trois années consécutives,
un dialogue inter-religieux
organisé par le centre culturel islamique, dans lequel des religieux
et personnalités religieuses
étaient invitées à prendre part activement. Ceci avait
lieu dans le cadre des conférences
proposées durant le mois de Ramadhan.
Le thème retenu en I999 était:
" la signification du jeûne dans la tradition chrétienne
et en islam. "
La deuxième rencontre a eu lieu le 5/I2/2OOO.
Elle a été présentée par les journaux algériens
comme un évènement exceptionnel.
Jamais encore une telle rencontre n'avait pu être réalisée.
Le lendemain, le journal arabe 'Ennacer' écrivait:
" Il nous faut chercher un dialogue profond et réaliste,appuyé
sur les valeurs spirituelles qui sont les nôtres,
dans le cadre d'un projet culturel et humain global. Seul ce type de dialogue
nous permettra
de dépasser les antagonismes et les conflits pour trouver les solutions
des problèmes sociaux
auxquels nous sommes confrontés, loin des comportements fondamentalistes
qui ont plongé notre pays dans l'obscurantisme. "
Le 'Moujahid' du 3I Décembre 2OOO
a fait de cette rencontre " l'évènement de l'année
".
La rencontre qui a eu lieu cette année a été ouverte à un très large public. Trois personnes sont intervenues du côté chrétien. La rencontre a été perturbée par quelques étudiants venus avec l'intention manifeste d'en découdre avec les chrétiens. Ils ne sont restés dans la salle que quelques instants, et la rencontre a pu se poursuivre dans un climat plus serein.
L'université islamique 'Emir Abdelkader' de Constantine a organisé
une rencontre internationale ayant pour thème: '" L'étude
comparée des religions et son importance dans la civilisation moderne.
" La rencontre a été animée par des enseignants
algériens avec la collaboration de six professeurs étrangers
venus d'Egypte, du Maroc, de Tunisie et de Syrie.
Des participants ont donné leur appréciation avec une conviction
partagée par plusieurs: " Devant les défis auxquels nous
sommes aujourd'hui confrontés, l'étude comparée des religions
constitue un pont solide pour connaître l'autre et éliminer l'ignorance,
le racisme et les conflits inutiles. "
Que ceci puisse se faire est un signe des temps. Jamais cela n'aurait pu se réaliser avant les évènements.
Durant des années (avant les années sombres), des séminaires islamiques ont été organisés par le ministère des affaires religieuses avec la participation de personnalités religieuses étrangères venus des pays du Moyen Orient , du Pakistan, des pays arabes, mais aussi des algériens dans l'ensemble peu ouverts à la modernité, au monde d'aujourd'hui, avec bien souvent des critiques virulentes, des paroles hostiles vis-à-vis de la religion chrétienne et des membres de sa communauté
Pour conclure, je reprends une réflexion du Père Christoph Theobald.
Elle montre que l'on peut
repérer trois niveaux dans la dimension culturelle de la " vie
", avec chaque fois un même discernement qui s'y opère:
· entre les pratiques quotidiennes et la conscience,
· entre les systèmes religieux et l'adoration en esprit et en vérité (on pourrait dire l'intériorité),
· entre les systèmes religieux et la vie en société ou citoyenneté.
Ce système religieux et la vie en société
est un lieu de crise,
dans toutes les sociétés, et bien sûr en Algérie.
Il y
a donc cette conscience éthique, morale,
à partir de l'opinion publique plurielle
qui est la conscience de la citoyenneté.
Par conséquent la loi ne se manifeste plus
comme loi religieuse, mais comme
règle de respect et de justice,applicable à tous.
La loi protège donc individus et groupes
contre la violence.
La crédibilité de l'Etat
se joue dans la manière de mettre en oeuvre sa force:
l'exerce-t-il pour protéger les intérêts d'un groupe
ou pour appliquer la loi du respect et de la justice?
Si l'Etat est défaillant, la religion risque de revenir
pour combler ses lacunes.
D'où l'importance d'une opinion publique plurielle capable de susciter
et d'entretenir
le débat éthique dans une société. Ceci nous renvoie
à la question religieuse. Et l'Islam a toujours du mal
à penser une certaine autonomie de la foi et de l'Etat, car l'Islam
est " din et dawla ".
Tout au long de cette intervention est apparue avec insistance l'importance vitale pour nous de la rencontre vraie et significative ayant une dimension sacramentelle qui dépasse les frontières du christianisme institué. Cela suppose que les membres de l'Eglise d'Algérie ne cessent de s'intéresser à tous, quelles que soient leur religion et leur position sociale.
En ce sens ,l'Eglise d'Algérie est sacrement dans et pour la société, c'est à dire signe que " tous " doivent vivre ensemble, selon les règles humaines de respect et de justice; donc- au profit de tous-, laissant la place à une conception profane, " sécularisée " de la société. Sa simple existence introduit une certaine pluralité dans une société qui se veut homogène ou unifiée autour d'un seule tradition.
Nous vivons dans une société avec ses pratiques, sa religion, ses institutions où doit s'introduire progressivement la conscience, une conscience éthique. Et l'Eglise est sacrement dans la mesure où elle s'efface au profit d'une vie en société, où elle rappelle sans cesse que la dignité et la justice sont pour tous.
Dans le quotidien de notre vie, l'important c'est que nous puissions grandir ensemble, découvrir ce qu'il y a de beau, de bon dans notre religion avec toutes ses richesses, toute sa vitalité, et bien évidemment, également avec nos différences qui existent. Car dans la pratique, nul ne peut, sans se renier lui-même envisager la " suppression " de telle ou telle différence, qui le constitue dans sa foi, et fait de lui un chrétien ou un musulman.
Que nos rencontres puissent nous aider à nous accepter tels que nous sommes, qu'elles puissent être source de liberté, de libération mutuelle dans des espaces où il est possible d'exprimer ses désirs, mais aussi ses craintes, ses doutes, son désarroi, ses critiques. Que ces rencontres puissent être des lieux où chacun se laisse interroger avec la capacité de se remettre en cause par le point de vue de l'autre, c'est notre désir, c'est notre vocation, c'est notre nourriture. C'est pourquoi l'écoute et le respect mutuels doivent être une exigence fondamentale de notre vie.
Ni l'Islam, ni le Christianisme, ni aucune religion ne peuvent être une barrière pour aller à la rencontre de l'Autre.
Trees D'Heygere
Intervention lors d'un colloque
sur le dialogue inter-religieux
Paris 7/I2/O2

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