Cinquante ans en Algérie, au service des enfants
S
ur Christiane Baulieu, rentrée définitivement en Suisse voici un an, nous livre ici son expérience de presque vingt ans à El
Menéea. Elle a su répondre à bien des appels. Témoignage.
Je terminais de nombreuses années comme institutrice en Algérie. Un choix s'imposait pour l'avenir. Fallait-il continuer ce même travail ou répondre à un désir fort en moi : devenir éducatrice ? Sur proposition de ma supérieure, j'ai choisi de faire une formation pour la nouvelle alternative. A 45 ans cela n'a pas été facile ! Mais j'ai eu la chance de rencontrer à Fribourg des personnes compétentes et encourageantes. J'en garde un bon souvenir.
Retour à Alger
Munie de mon diplôme d'éducatrice spécialisée, j'obtiens très vite un contrat de deux ans, renouvelable, au Ministère de la Santé. Je suis nommée dans un Centre comprenant une école primaire, un bloc opératoire, une aile hospitalière et une unité de rééducation fonctionnelle.
Tour à tour je passe dans les différents services. La deuxième année, il m'est demandé de me joindre à l'équipe des kinésithérapeutes. Un problème se pose : certains enfants qui ont besoin de rééducation la refusent. Que faire ? En équipe nous cherchons des activités, des jeux, leur permettant de faire leur rééducation avec plaisir. Si j'ai pu faire profiter de la formation à Fribourg, je dois aussi beaucoup aux collègues
algériennes.
Au service des enfants à El-Golea
En 1990 sonne pour moi l'âge de la retraite. Au mois de septembre j'arrive à El-Goléa. Je connais cette oasis à 900 km
d'Alger pour y avoir enseigné. Très vite les mamans apprennent que je m'étais occupée d'enfants handicapés. Il y a un
Centre pour eux mais n'y sont inscrits que ceux qui sont propres et peuvent marcher. Et les autres ? Comment progresser
sans être stimulé ? Grâce à ce que j'avais appris, je peux commencer la rééducation fonctionnelle.
La rééducation se passe dans une famille accueillante où je peux prendre les enfants du quartier. Dans le contexte
familial, il faut dire que tous s'y mettent pour aider l'enfant. Au moindre progrès, c'est la jubilation. Pour ceux qui ont des
possibilités intellectuelles, un local est disponible au centre ville pour des activités adaptées. Plus tard ils seront intégrés
dans les structures du pays. Malheureusement, les enfants à mobilité réduite ne peuvent s'y rendre. Alors, je les garde en
petits groupes à raison de deux séances par semaine
Les années passent. Je ne me sens plus capable physiquement de continuer ce travail. Je garde simplement les groupes
du matin au local, ce qui me demande moins d'efforts physiques. Mais, après 50 ans d'Algérie, il me faut penser au retour
définitif en Europe. Heureusement, Zawadi une de nos jeunes Soeurs africaines et après elle une communauté de soeurs
congolaises vient pour continuer ce que j'avais initié avec amour.
C'est dur de quitter ce pays et des amis. Ce n'est pas sans émotion que je revois, en pensée, les enfants et leurs
mamans. En leur nom, à tous ceux qui ont contribué à ma formation, je dis un profond merci.