LES LAIQUES MISSIONNAIRES NOTRE-DAME D`AFRIQUE
LMNDA Canada-USA-Mexique

" Chroniques d'Aujourd'hui "

 

de la part de Francine Allaire

16 février 2010

Une journée avec Anne-Brigitte à Bukumbi

Anne-Brigitte craignait qu'il pleuve aujourd'hui, jour de sa visite hebdomadaire au camp de lépreux de Bukumbi. La pluie complique beaucoup les choses puisque tout doit se dérouler à l'intérieur et que l'espace est très restreint. Mais ce matin, le ciel est clair alors ça ira. Après avoir chargé la voiture de sacs de sucre, de haricots secs, savon et pots de vaseline, nous partons à cinq pour le camp,

Anne-Brigitte, Julia, Christine, Jean-Jacques au volant et moi. La première demi-heure de trajet sur route asphaltée se fait bien mais la deuxième partie sur une route parallèle à celle que construisent les Chinois nous ralentit considérablement. C'est une route de terre et il faut souvent fermer toutes les fenêtres quand on croise un autre véhicule, bus, camion pour ne pas avaler trop de poussière.

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Une route secondaire s'ouvre à notre droite. Pas d'enseigne annonçant le camp, évidemment la discrétion est de rigueur. Après, une dizaine de minutes sur ce chemin dans la nature, voici le camp. À gauche, une grande salle, un puits et un reste de feu de camp, une place où se sont réunies quelques personnes qui attendent ce partage de nourriture hebdomadaire. Des salutations souriantes, les gens sont heureux de nous voir arriver. Des hommes déchargent la voiture et le premier tri commence à l'intérieur de la salle. Le camp est divisé en sept groupes habitant dans de petites maisons de béton.

On remplit donc sept contenants, seaux, sacs de plastiques, bacs avec des dagas (petits poissons séchés) et des haricots secs. Ensuite, nous nous dirigeons vers le premier groupe à quelques pas de là où des casseroles, bols et bassines sont disposés en rond devant leur propriétaire. Ce sont des lépreux, pauvres et rejetés par la société. Malades, la plupart ne peuvent pas travailler, donc impossible pour eux de cultiver un lopin de terre. Quelques Albinos ont aussi trouvé refuge dans le camp.

Nous suivons Anne-Brigitte et allons d'un groupe à l'autre où sont distribués farine, sucre, sel, légumes frais. Nous serrons les mains qu'on nous tend ou ce qui en reste… le cœur serré, nous gardons le sourire pour saluer tous ces gens dont certains sont très diminués par la terrible maladie. Quelques personnes sont en fauteuil roulant - les menuisiers doivent faire preuve de beaucoup de créativité pour construire des engins adaptés.

Malgré la misère qui règne ici, les enfants sont beaux et leurs rires sont un baume pour le cœur. Anne-Brigitte crée un attroupement joyeux lorsqu'elle verse un peu de sucre dans chaque petite main tendue…C'est le délire! On se promène ainsi d'un groupe à l'autre, escortés par une joyeuse bande d'enfants. Anne-Brigitte demande à un garçon de 8-9 ans pourquoi il n'est pas à l'école - il a dû rester à la maison pour s'occuper de ses frères et soeurs car sa mère est allée à l'hôpital avec sa grand-mère. Bien que malades, ces gens font quand même des enfants qui à leur tour ont besoin de soins et de nourriture. Il faut aussi les envoyer à l'école et leur apprendre à surmonter la difficulté que représente leur situation de fils ou filles de lépreux.

À l'intérieur du camp, un organisme italien (Atovi) a fait construire une classe de maternelle (Montessori) qui accueille les enfants du camp et d'autres enfants pauvres venant de l'extérieur. Angelina, la maîtresse d'école, nous fait entrer dans sa classe où sont assis 35 petits garçons et filles en uniforme, t-shirts jaunes et jupes bleues pour les filles et shorts bleus pour les garçons. Ils sont tout à fait mignons! Ils nous chantent quelques chansons et comme c'est l'heure du porridge (uji) nous assistons ébahis au processus : les enfants sont assis en tailleur par groupe de cinq sur des nattes étendues à même le sol de béton et attendent en silence pendant qu'on dépose une tasse remplie de porridge devant eux. Ensuite, au signal donné, chacun soulève la tasse qui est devant lui. On repère ainsi les tasses de trop et celles qui manquent. Après s'être assurée que chacun a bien sa part, Angelina leur demande de déposer leur tasse et ensemble ils font la prière, yeux fermés et mains jointes, avant de prendre ce premier repas de la journée… On se dit entre nous qu'une discipline pareille, dans nos pays respectifs, serait presque impossible à faire respecter.

C'est grâce à la générosité d'un groupe d'enfants de Hollande, qui offrent tous les ans les profits de leur concert de Noël aux enfants de la maternelle du camp de lépreux de Bukumbi, qu'on peut donner un peu de porridge enrichi de farine de soya, cacahuète, etc. chaque jour.

Après cette visite, nous revenons à la voiture et allons voir une école spéciale de menuiserie dans une construction qui devait accueillir une classe de maternelle. Après avoir été laissée à l'abandon pendant une dizaine d'années, l'ancienne maternelle, ses trois murs et son toit en pente, a été transformée en menuiserie par Richard, un prof de menuiserie à la retraite. Ce dernier cherchait un moyen de donner un sentiment d'appartenance à son fils ayant un handicap mental et le projet d'enseigner la menuiserie à trois garçons au passé déjà lourd de mauvaises expériences répondait à son souhait. Avec l'aide d'Anne-Brigitte, Richard s'est procuré de bons outils, a fabriqué des établis solides et son atelier de menuiserie est en train de remplir une première commande de 18 petites tables pour le camp de lépreux.


Nous continuons notre route vers le village de Bukumbi qui, à l'arrivée des premiers Pères Blancs, était plus important que Mwanza. Les choses ont beaucoup changé puisque Mwanza est actuellement la deuxième plus grande ville de Tanzanie, grâce au chemin de fer. Sur le chemin qui mène à Bukumbi, nous sommes arrêtés par un hurluberlu au chapeau extravagant fait de paille et de sacs de plastique. En riant, il donne à Anne-Brigitte un gros sac d'épis de maïs fraîchement cueillis. C'est lui qui fournit la farine de maïs pour le camp de lépreux. Sa femme Melina, que nous rencontrons bientôt, fait partie de l'équipe qui enseigne aux femmes des catéchistes.

En effet, les Pères Blancs de Bukumbi dirigent une école de catéchistes qui viennent de Mwanza, Bukoba, Singida, Geita et Shinyanga pour suivre une année de formation. Ils sont là avec femme et enfants dans de petites maisons aménagées à leur intention. Pendant que les hommes suivent les cours donnés par les Pères Blancs et deux enseignants catéchistes, les femmes suivent des cours d'arts ménagers et les enfants vont à la crèche ou à la pré maternelle sur place.

Nous arrivons chez les Pères juste comme ils sortent de table et tout de suite, ils disposent tasses et thermos d'eau bouillante pour le thé. Anne-Brigitte a l'habitude de s'arrêter les mardis pour les saluer et prendre de leurs nouvelles. Nous y rencontrons les pères Paul Vonck, Jan Dekkers, Jan Somers et Charles, un stagiaire Burkinabe. Le père Somers nous fait visiter la chapelle commémorative qu'ils ont construite pour marquer les 125 ans (en 1883) depuis l'arrivée des premiers Pères Blancs à Bukumbi. Nous admirons les portraits de ces pionniers peints à même les murs. Simple rappel de ces missionnaires héroïques
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Cette journée mémorable se termine vers 15 heures à Capri Point devant un grand verre d'eau fraîche et un repas chaud… nous en avons de la chance!!!

 

Francine Allaire, LMNDA

 



       
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